Comprendre la ville pour pouvoir la protéger

Avant de pouvoir prescrire et engager des outils de protection, l’analyse des patrimoines est une étape fondamentale. Plusieurs lectures de la qualité patrimoniale, appelées diagnostics, sont élaborées en vue de dégager les spécificités de la ville et les enjeux de préservation.

Le diagnostic paysager

Le diagnostic paysager cherche à comprendre les différents motifs paysagers et le rôle du végétal dans la ville.

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Le revers du Boulevard des Pyrénées, un espace jardiné comme transition entre la ville et la vallée du Gave.

 

 Le diagnostic paysager élaboré a permis de définir plusieurs éléments de lecture caractéristiques de la ville :

  • La ville minérale entretient une relation forte avec la présence végétale : que ce soit sur l’espace public, dans les nombreux parcs qui jalonnent la ville ou sur l’espace privé, le végétal est très présent dans la ville de Pau. La ville jardin est un exemple fort de cette symbiose entre le bâti et la végétation, mais de nombreux autres exemples illustrent ce rapport. Parfois, la végétation déborde depuis les jardins privés jusqu’à l’espace public, d’autres fois des masses boisées apparaissent au passage dans une rue (exemple de la rue Serviez sur le franchissement du Hédas).

  • Les plantations sont un élément de composition très présent sur l’espace public et peuvent revêtir différents aspects. Elles peuvent se composer sous forme d’arbres d’alignements (place royale par exemple), de compositions en massifs (place Aragon), d’arbres remarquables associés à un végétal en sol (square de l’église Saint-Martin). Le végétal accompagne les transformations de l’espace public : la place de Verdun était une partie des anciens Jardins Royaux du XVIème siècle, largement boisée, qui s’est transformé en place d’Armes. Aujourd’hui, le végétal répond à ses nouveaux usages : des plantations pour leur rôle d’ombrage (les bancs, la pétanque), qui sont alignées, pour répondre à l’ordonnancement de la place.

  • Le végétal révèle la topographie et, par-delà, l’histoire urbaine de la ville : le revers paysagé au pied du boulevard des Pyrénées montre aujourd’hui encore le rapport d’inscription de la ville sur l’éperon naturel, grâce à un espace planté remarquable.

  • Les parcs des villas anglaises, bien qu’ils n’aient pas toujours été préservés dans leur intégralité, lorsqu’ils n’ont pas été préservés dans leur intégralité, participent aujourd’hui encore à l’identité des quartiers, comme le quartier de Trespoey par exemple, avec une présence végétale très forte, et des sujets anciens et majestueux.

Voir l'image en grand Crédits : Ville de PauLe végétal joue dans la ville plusieurs rôles : rôle d’ombrage sur les espaces publics, rôle d’ordonnancement des places, rôle de régulateur thermique, valeur naturelle et rôle écologique le long des ruisseaux, rôle de représentation (les parcs) et de mise en scène.

Le diagnostic paysager a permis de faire émerger 23 « motifs » paysagers : cimetière paysagé, Gave et ripisylve (plantation de bord de cours d’eau), allée plantée, jardins et cœurs d’îlots, etc…

 

Le diagnostic architectural

L’architecture révèle l’histoire de la ville. Pau s’identifie par un patrimoine architectural qui reflète les âges, du XVIème siècle au XXème siècle. La caractérisation de ces typologies bâties permet d’en comprendre les éléments régulateurs, qu’il s’agisse de monuments, d’hôtels particuliers ou de maisons de ville.

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 Exemple d’immeuble bourgeois fin XIXème, composition monumentale liée à la proximité d’un équipement majeur (ici le palais de justice).

 

Les éléments représentatifs de l’architecture paloise répondent aux différentes époques de construction. Les clefs de lecture de l’architecture peuvent être les suivantes :

  • La composition par rapport à l’espace public : Les constructions sont systématiquement implantées à l’alignement de l’espace public jusqu’à la fin du XIXème siècle (ordre continu). Les villas anglaises s’inscrivent en cœur de parcelle, au sein du parc (ordre discontinu).

  • La hiérarchie des façades : la façade principale sur la rue est généralement enduite, avec des maçonneries en pierre de taille, alors que la façade arrière est constituée avec des galeries en bois ou des parements en ardoise.

  • Le rythme de la façade : le rythme des ouvertures, rapport entre les pleins (les murs) et les vides (les percements), privilégie la verticalité.

  • L’ordonnancement : présence ou non d’un socle, de bandeaux d’étage, d’un entablement.

  • Les matériaux de construction : Les maçonneries de galets sont associées aux pans de bois, remplacés au XVIIème s par une ossature bâtie en pierre.

  • Les éléments de modénature différencient les immeubles selon l’appartenance sociale: corniches, encadrements, appuis de baies, permettent aussi de caractériser l’époque de construction.

  • Les éléments d’accompagnement : ferronnerie, menuiseries, décors, participent à la richesse de l’architecture.

L’architecture de Pau montre plusieurs typologies, selon les siècles et les usages, de la maison particulière à l’hôtel bourgeois.

Le diagnostic urbain

L’analyse urbaine contribue à comprendre la ville dans son ensemble, en analysant différentes strates de composition.

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 Plan d’Alignement de la ville de Pau, 1850-1851, aussi appelé plan Perret. L’étude documentaire et historique permet de comprendre les étapes de transformation urbaine.

 

Le diagnostic urbain s’est attaché à porter un éclairage selon différentes lectures de la ville :

  • Une approche historique des secteurs en mutation : le diagnostic de l’AVAP vise à apporter des éléments de compréhension historique sur chacun des secteurs, et à restituer le site dans son contexte (géographique, urbain, etc…). A titre d’exemple, le quartier de Halles-République a fait l’objet d’un rappel historique: cet espace s’inscrit historiquement dans une structure Est-Ouest de la ville, et constitue une séquence entre la place de Verdun, la place Albert 1er, à l’Ouest, et la rue Castetnau à l’Est. La place des écoles correspondait à une unité de lieu, regroupant la place de la République, la halle actuelle et la rue de la République. Cet espace est aujourd’hui fragmenté en plusieurs lieux.

  • Une approche sensible sur les ambiances par quartiers : celle-ci vise à faire émerger les spécificités de chacun des quartiers et notamment le rôle du végétal.

  • La qualité du paysage urbain : la ville se constitue avec des façades « avant » (les façades nobles, généralement ordonnancées et enduites), et des façades « arrières » (façades des intérieurs d’îlots, qui comportent soit des bardages en ardoise, soit des galeries en bois comme extensions des pièces de vie). Ces typologies de façade composent des visages différents, singuliers de la ville de Pau.

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Le paysage urbain autour de la rue Bordenave d’Abère.

La prise en compte de la transition énergétique

L'Aire de Mise en Valeur de l’Architecture et du Patrimoine doit s’attacher à intégrer les enjeux énergétiques du bâti ancien afin de proposer des dispositions qui permettent une diminution des consommations énergétiques et l’intégration de dispositifs favorisant les énergies renouvelables, tout en préservant le cadre de vie.

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Les immeubles des années 1960 qui, bien que compacts et denses, présentent de nombreux points de déperdition thermique (parois peu isolées, menuiseries, ponts thermique).

 

 Le diagnostic environnemental s’accompagne d’une étude sur les qualités thermiques du bâti ancien. Les éléments qui ressortent de cette approche sont les suivants :

  • La densité du bâti est forte en cœur ancien et sur les axes historiques puis plus faible autour.

  • En l’absence de vent, seule l’évaporation due à la végétation permet de faire chuter la température environnante de 5°C en été, d’où l’intérêt de la forte végétalisation de Pau, aussi bien sur l’espace public que dans le domaine privé.

  • La douceur est favorable en hiver mais la chaleur humide pose des problèmes caractéristiques pour le confort des bâtiments en été. Ceci oblige à tenir compte du confort d’été autant que d’hiver pour éviter les besoins de climatisation.

  • Les bâtiments les plus déperditifs sont ceux construits entre 1950 et 1970, généralement peu ou pas isolés, avec une déperdition de l’ordre de 250 à 400 kWhep/m²/an (Kilowatt Heure d’énergie primaire par m² et par an), alors que, dans le cœur ancien, la déperdition est de l’ordre de 120 à 180kWhep/m²/an. Dans les constructions anciennes, généralement en galets couvertes en ardoises, le confort dépend beaucoup de l’humidité des murs ainsi que de la qualité des menuiseries, de leur étanchéité, leur taille et leur orientation et la mitoyenneté.

 

Les constructions anciennes : La réhabilitation doit tenir compte de la nature des matériaux pour préserver les qualités et le confort de l’habitat.

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