L’Émir Abd el-Kader (1808-1883)

L’Émir Abd el-Kader (1808-1883), symbole de la résistance à la colonisation française en Algérie, dépose les armes en 1847. D’abord emprisonné à Toulon, il arrive à Pau le 28 avril 1848 et reste en résidence au château jusqu’au 2 novembre avant de rejoindre le château d’Amboise.

Ce personnage hors du commun est un chef de guerre redoutable mais aussi un fin lettré et un sage doté d’une grande curiosité intellectuelle.

C’est à Alphonse de Lamartine, devenu membre du gouvernement provisoire et ministre des Affaires étrangères, que l’on doit le transfert d’Abd el-Kader et de sa suite au château de Pau. Le poète le racontera dans ses Mémoires  : «  En visitant un jour le château de Pau, je fus frappé du caractère de l’édifice, de la splendeur du ciel, de la vigueur occidentale de la végétation. Quelques jours plus tard, le hasard d’une révolution m’avait fait l’arbitre du sort d’Abd el-Kader, dont la captivité me semblait une atteinte aux droits du vaincu. Je proposai donc au gouvernement de ne point ratifier un emprisonnement cruel et déloyal et de transporter le prisonnier, en attendant la décision souveraine de l’Assemblée nationale, dans une demeure salubre, et presque libre, qui ne fut qu’une détention provisoire et comme la maison de santé de l’émir. On consentit facilement à ma proposition mais on m’objecta la difficulté de trouver une maison royale ayant un site, un climat et un caractère conformes à cette destination. J’ai cette demeure dans l’imagination et dans la mémoire, répondis-je, et je décrivis le château de Pau…. ».

Abd el-Kader n’est pas le bienvenu à Pau où tout a été mis en œuvre pour éviter de recevoir celui que l’imagerie populaire dépeint comme un monstre barbare et sanguinaire. Pourtant, en l’espace de six mois, sa présence va considérablement marquer les esprits et transformer un a priori hostile en adhésion populaire. On attendait un « conducteur de troupeau en révolte » et l’on se trouve face à un fin lettré d’une sagesse infinie.

Dès son arrivée, ce cavalier émérite qui était habitué à vivre dans la nature se condamne volontairement à la réclusion : « Un Arabe en deuil ne sort pas de sa tente et je suis dans le plus grand deuil de ma vie, celui de ma liberté ».

L’émir partage son temps entre prière, méditation, lecture et écriture de poésies. Il consacre également beaucoup de temps à sa proche famille, sa mère qu’il vénère, son épouse Keira, ses enfants, ses frères et les quelques cent personnes qui l’accompagnent dans son exil.

Il a quarante ans et tous ceux qui l’approchent sont frappés par la finesse de ses traits et la blancheur de son teint qui contrastent avec une barbe très noire.

Abd el-Kader est d’un accès facile et, bien que ne parlant qu’arabe, il reçoit sans protocole tous ceux qui en font la demande. Certains sont marqués à vie par sa rencontre, comme le plombier Rullier, appelé à travailler dans les appartements de l’émir, qui multipliera les initiatives pour aider les reclus. Le jour du départ, Abd el-Kader n’a rien d’autre à lui offrir que son propre gilet « porté tellement près du cœur qu’il ne manquerait pas d’en restituer une partie ».

Les derniers mots qu’il prononce à Pau sont encore pour remercier la foule qui escorte son départ : « Je vous le dis à vous et je voudrais pouvoir le dire à tous les Béarnais : jamais je n’oublierai la cordialité de leur accueil et, partout où je serai transporté, mes vœux et mes prières seront toujours pour eux ».

Abd el-Kader est avant tout musulman, mystique mais également moderniste. Il voue une passion à l’étude et à la transmission de la connaissance et n’a jamais cessé d’œuvrer pour un rapprochement entre Orient et Occident comme l’attestent ses écrits. Dans la Risala, plus connue sous le nom de Lettre aux Français, rappel à l’intelligent, avis à l’indifférent, il attire l’attention sur la complémentarité de la foi et de la raison et sur celle des idées nouvelles et de la tradition, tout en précisant que l’adaptation de l’homme à la modernité doit se réaliser sans la perte de son âme.

Il laisse un message qui reste d’actualité : « Si les musulmans et les chrétiens avaient voulu me prêter leur attention, j’aurais fait cesser leurs querelles : ils seraient devenus, extérieurement et intérieurement, des frères ».

Un siècle et demi plus tard, la seule preuve tangible du passage de l’émir à Pau se trouvait au cimetière où sont enterrés six enfants, dont deux de l’émir. Désormais, l’oubli est réparé, une allée bucolique au pied du château porte son nom et d’autres projets sont à l’étude.

Restent également les belles légendes véhiculées par la mémoire collective qui racontent en détail ses promenades à cheval dans le Béarn, les fontaines où s’abreuvait sa monture, le petit tertre où il aimait se reposer… Il y a juste une erreur sur la personne car il s’agit de Sy Mohammed Saïd, le frère aîné de l’émir qui lui ressemblait étrangement.

Sources : Pau de A à Z, Paul Mirat, Editions Alan Sutton

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