Wilbur Wright, la conquête du ciel

Crédits : Archives communautaires Pau-Pyrénées

La première école d'aviation a ouvert ses portes en 1912 à Pau dans le sillage des frères Wright. Elle formera plus de 6000 pilotes militaires durant la première guerre mondiale.

Le génial Clément Ader, auteur d'un bond à bord de son Eole, n'est pas l'artisan du premier vol motorisé et controlé de l'histoire de l'humanité. Mais ses expériences et ses recherches, comme celles de ses contemporains Lillienthal et Chanute, ont inspiré un jeune américain, Wilbur Wright. En 1903, Wilbur et son frère Orville, équipaient leur planeur de toile et de bambou d'un moteur 4CV également de leur fabrication. Ces deux jeunes autodidactes, originaires du lointain Ohio, sans l'ombre d'une éducation scientifique, allaient bouleverser le monde.

En 1908, grâce au capitaine Ferber, à l'époque seul Français à croire en eux, un consortium d'hommes d'affaires parisiens invite Wilbur à traverser l'Atlantique pour faire des démonstrations de sa machine volante, le Flyer. Est-il utile de rappeler que, depuis plus d'une décennie, le monde a les yeux rivés sur Paris où Santos-Dumont, Louis Blmériot, les frères Voisin, Latham, Farman déploient énergie et fortune pour conquérir le ciel ? Le 8 aout 1908, le Flyer est posé sur son rail de lancement, au Mans, près d'un atelier de mécanique prêté à Wilbur Wright par l'industriel et inventeur manceau Léon Bollée. Une catapulte lance l'appareil vers les nuages, Wilbur fait virer sa machine, décrivant sous les yeux de la foule ébahie, des voltes pleines d'élégances. Au bord de la piste, Louis Blériot fond en larmes, mais ne s'avoue pas vaincu.

Le contrat qui lie les deux Américains à la France comporte deux obligations. En premier lieu, l'Américain doit effectuer deux vols de plus de deux heures avec un passager. Cette clause sera réalisée au Mans quand, le 31 décembre 1908, sous une pluie glaciale, Wilbur gagne la Coupe Michelin, couvrant en deux heures vingt minutes une distance de 124km, en circuit fermé. La seconde clause du contrat réside dans la formation de trois élèves pilotes. Les apprentis se morfondent au Mans depuis le mois d'août. Certes, ils ont volé, mais uniquement en tant que passagers. Le premier élève, le capitaine Paul Lucas-Giradville, a deux handicaps de taille : il ne parle pas un mot d'anglais, ce qui a le don d'irriter Wilbur mais, pire encore, c'est un bon vivant dont l'embonpoint présente un risque du point de vue de la sécurité. En revanche, les deux autres apprentis ont les qualités nécessaires pour s’entendre avec Wilbur : le comte Charles de Lambert et Paul Tissandier, désignés par l'Aéroclub de France, sont parfaitement bilingues et ont tous deux grandi à Pau où ils ont disputé et remporté de nombreuses compétitions à bord de ballons à gaz. Enfin, ils sont associés dans le développement de l'invention de Charles de Lambert, l'aéroglisseur, et réalisent régulièrement des essais à bord de leur engin révolutionnaire. En effet, ces deux casse-cou plaisent beaucoup à Wilbur. Ils lui vantent le climat palois et la présence d'une riche colonie cosmopolite dont certains membres n'hésiteraient pas à apprendre à voler. Ces arguments poussent Wright à traverser la France pour installer, sur la lande du Pont-Long mise à sa disposition par le maire Alfred de Lassence, la première école au monde de pilotage d'aéroplanes. Le 3 février 1909, le Flyer prend son envol dans le ciel béarnais. Comme le note Paul Tissandier, « l'oiseau est en piteux état, très sale, maculé d'huile et de boue ». En mars 1909, Wilbur et Orville Wright quittent Pau pour Rome, Berlin et Londres, confiant la direction de l'école à leur élève préféré, Paul Tissandier. Trois mois plus tard, Louis Blériot traverse la Manche en vingt minutes à bord du mythique Blériot XI, reléguant le Flyer au rang des antiquités. En novembre 1909, Louis Blériot ouvre sa propre école à Pau, à côté de celle des Américains, bientôt suivie par l'école des frères Voisin, Antoinette, Nieuport, Morane-Saulnier et Deperdussin. L'école Wright et son Flyer ne tarderont pas à s'éclipser. Le centenaire des écoles Wright et Blériot a été dignement fêté grâce aux actions conjuguées de l'association Pau Wright Aviation et du 5ème Régiment d'hélicoptères de combat, installé sur le terrain historique des frères Wright. Rappelons que la première école d'aviation a ouvert ses portes à Pau en 1912. Transformée en école de chasse en 1914, elle a formé plus de 6.000 pilotes dont les fameux Guynemer, Fonck, Nungesser, Védrines et Norman Prince. L'école militaire de Pau fermera ses portes en 1918. Elle comptait 3.600 personnes, 71 officiers et sous-officiers, 510 pilotes en formation, 791 personnes au service des armées, 240 engagés spécialistes, 61 marins et 90 en assistance aux armées étrangères (Siam, Yougoslavie, États-Unis). Neuf cents ouvriers annamites travaillaient dans les ateliers de mécanique de précision ; 150 Tunisiens et tirailleurs sénégalais assuraient la garde.

Après un retour triomphal aux États-Unis, Wilbur Wright meurt de la typhoïde en 1912, à l'âge de 45 ans.

 

Sources : Autrefois Pau, l'aviation, Paul Mirat, Éditions Atlantica

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