Crédits : Matthieu Burgard / CDA Pau-Pyrénées

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L'entre-images de Thierry Guibert

Culture | Jeudi 27 mars 2014

Évènement passé

L'artiste plasticien expose un ensemble d'œuvres numériques représentatives de ses 10 dernières années de recherche et de création du 2 au 26 avril au Bel-Ordinaire.

1) D'où vous vient cette passion pour les arts médiatiques ?
Les arts médiatiques sont aussi diversifiés que le sont les mouvements picturaux. Mon pinceau, c'est la programmation. Quand je suis sorti de l'école des Beaux-arts de Nantes en 95-96, j'ai voulu expérimenter internet, en pensant que c'était un espace de liberté à prendre. Je me suis mis alors à programmer et à démonter les ordinateurs. Ma démarche allie recherche, expérimentation et production. Elle demande souvent des compétences technologiques spécifiques qui nécessite un travail d'équipe avec des techniciens, des ingénieurs...

2) Quel rapport avez-vous à la technologie ?
Voir l'image en grand Crédits : Enveloppes temporelles, T.Guibert, 2013 – Coproduction : Oudeis - Crédit : accès(s) Enveloppe temporelleUn rapport assez neutre, ni alarmiste, ni utopiste. Pour moi, la technologie n'est pas qu'un moyen : elle conditionne aussi le contenu. Par exemple le cinéma dans sa forme actuelle érigée en média de masse, était très expérimental à ses débuts avec l'invention de machines mélangeant arts forains et beaux-arts. Les gens ont dû apprendre le langage qui s'est imposé. Habitués au théâtre, ils ne saisissaient pas l'enchainement des plans de séquences, expliqués par le bonimenteur.

3) Justement l'exposition « L'entre-images » interroge, entre autres, cette mécanique cachée du cinéma...
Oui, dans Enveloppes temporelles par exemple, on n'a gardé qu'une seule ligne de pixel pour chaque image d'un même film. Par cette accumulation de lignes, se constitue un panoramique géant visuellement surprenant. Il fige la naissance des mouvements et donne à voir toute la temporalité du film dans une seule image comme si le temps s'était arrêté .

4) Quel aspect du cinéma dévoile Mécanique générale ?
Voir l'image en grand Crédits : B. Courribet, T. Guibert, S. Laroche 2008-2013. Mécanique généraleMécanique générale décortique le film L'Homme à la caméra de Dziga Vertov. Pour lui, le cinéma c'était le mouvement, à l'origine de toute chose. Ainsi son film décrit une ville moderne en 1929 à partir d'un catalogue de mouvements et d'activités.
Nous avons remis à jour les catégories de ce film à travers une base de données et les avons mis à disposition du public sous forme d'un jeu vidéo. On peut donc s'amuser à refaire le film à sa manière. C'est très facile et ludique. J'ai vu des personnes de tous âges se prendre au jeu, ce qui m'a beaucoup touché.

5) Cette démarche peut-elle donner naissance à une nouvelle manière de faire du cinéma ?
Je pense que les logiciels de montage pourraient intégrer un jour des bases de données et permettre de taguer les rushs. On pourra puiser dans les plans non retenus et refaire le film en jouant avec les possibilités de variation comme avec une partition. C'est la fin du film fini : à côté de la structure assumée pour l'artiste, il y aurait un espace pour l'interprète.

7) On retrouve cette notion de partition rejouable dans solaris...
Voir l'image en grand Crédits : T. Guibert & E. Hourquet, 2013. SolarisSolaris est un projet développé avec le graphiste palois Emmanuel Hourquet, qui travaille dans le monde entier. Nous avons créé des disques graphiques [voir photo] sans sillons, lus par une caméra à la place du diamant. L'idée de dessiner le son est déjà présente dans les années 30. Nous avons créé nos propres logiciels pour questionner le support de la piste son et rejouer avec.

8) Au-delà de votre démarche d'expérimentation, ajoutez-vous un sens sociétal ou philosophique à vos créations ?
Ce n'est pas le but premier de ma démarche mais un discours critique ou poétique est souvent sous-jacent. Cela dit, le fait de savoir déconstruire un modèle, l'interroger, le réinterpréter et donner à d'autres la possibilité de le prendre en main est déjà un acte politique...

Plus sur l'exposition L'entre-images dans l'agenda

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