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PAU VILLE ANGLAISE

04 août 2005

Au XIXème, la colonie anglaise transforme la ville. Lamartine offre à la ville son plus beau slogan publicitaire : "Pau est la plus belle vue de terre comme Naples est la plus belle vue de mer".

© ville de pau

1814 est une année décisive pour le futur touristique de la capitale du Béarn. Au mois de mars, Lord Wellington, accueilli en libérateur, s'installe à Pau avec ses troupes. D'origine Irlandaise, Wellington ne se déplace jamais sans sa meute de greyhounds, chiens de chasse réputés car selon le « Duc de Fer » : « la chasse est le meilleur exercice de courage et d'adresse ». Donc, entre deux batailles, ou comme à Pau, entre deux bals, Wellington et son état-major courent le renard. Ils découvrent à Pau un « terrain » idéal, fossés, touyas touffus, la campagne paloise fourmille d'obstacles naturels et le goupil, ingrédient essentiel, fait des ravages dans les poulaillers des environs.

Plusieurs officiers britanniques n'oublieront jamais leur séjour Palois et, l'heure de la retraite sonnée, ils choisiront Pau comme deuxième patrie. Ils formeront le premier noyau de la future colonie Etrangère.

Un premier guide touristique britannique édité à Londres par David Ingliss, décrit Pau avec force louange : " Pau a toujours eu la réputation d'être une des villes les plus intéressantes de la France méridionale et je pense qu'elle mérite sa réputation. Elle se trouve dans l'une des plus belles et plus fertiles régions d'Europe avec un des meilleurs climats. La ville elle-même est propre, aérée et dispose de toutes les commodités pour l'accueil et même du luxe dans beaucoup de cas ". Le cadre est planté, Pau ne le sait pas encore mais son destin ne va pas tarder à basculer.

Le best-seller d'un médecin écossais

Jeune médecin de la Légion auxiliaire britannique, Alexander Taylor est engagé dans les très durs combats de Saint-Sebastien et Pampelune, aux côtés des partisans de la Reine Christina contre ceux de Don Carlos. Typhus et dysenteries font également des ravages. Taylor, a demi mort est envoyé en convalescence à l' arrière garde, à Bayonne. Au cours d'une visite du château de Pau, Taylor découvre la ville, succombe à son charme et décide de s'y installer.

Définitivement guéri, il ouvre, dans la rue qui porte aujourd'hui son nom, un cabinet de médecine. Reconnaissant au climat qui l'a guéri, il publie simultanément à Londres et à Pau une apologie sans réserve du beau ciel de Pau : « De l'influence curative du climat de Pau et des eaux minérales des Pyrénées sur les maladies, contenant des notices descriptives sur la géologie, la botanique, l'histoire naturelle, les exercices de montagne, les antiquités locales et leurs principaux établissements thermaux ».

Malgré son titre fastidieux, l'ouvrage est un best-seller en Grande-Bretagne et fait accourir dandies et élégantes de l'Europe entière. Il est vrai que Taylor emploie des arguments massue : « Tout Anglais qui malade, ou bien portant, aura demeuré quelque temps à Pau, reconnaîtra qu'il s'est opéré en lui un changement profond ; il se laisse aller à une douce rêverie, il éprouve un grand désir de repos pour le présent et ne s'occupe nullement de l'avenir. Le pouls est égal, doux et lent, et le mouvement des artères est tout juste assez précipité pour entretenir les fonctions organiques sans user la machine humaine ». La fortune de Pau est faite, on y accourt de toutes parts.

Pau, la nouvelle Babylone

Au milieu du XIX°, Lallier compare Pau à une vaste hôtellerie où se croisent sans relâche les chaises de poste amenant des étrangers de tous les coins du monde. Les noms les plus fameux s'y croisent. Alfred de Vigny rencontre Lady Burnburry et l'épouse, Frantz Lizt courtise Caroline de Saint-Criq. De Pau, Lamartine écrit à Stendhal : « Je vous écris avec ma fenêtre ouverte et une jalousie fermée par peur du soleil, avec des roses en pleine terre dans mon jardin et tout cela le 10 janvier. Quel pays ! ». Lamartine offre à la ville son plus beau slogan publicitaire : "Pau est la plus belle vue de terre du monde comme Naples est la plus belle vue de mer".

En 1837, les Anglais achètent un terrain pour construire la Christ Church, temple protestant ; la chasse au renard s'organise avec la création du Pau-Hunt qui défrayera la chronique pendant plus d'un siècle ; un magnifique terrain de golf, le premier du Continent, est installé dans la plaine de Billère, jouxtant le terrain de polo ; l'hippodrome voit le jour, des courts de tennis et une piste « cycliste » sont inaugurés au Bois-Louis. De somptueuses villas parsèment la ville : Pau ville anglaise n'est pas un mythe mais une réalité bien solide. Mais une ville dont le climat et les Anglais construisent la fortune doit se moderniser et certains témoignages laissent à penser que les améliorations ne seront pas superflues.

Le maire Patrick O'Quin, jeune avocat Irlando-Béarnais lance les grands chantiers d'assainissement et d'embellissements. Alimentation en eau potable, réseau d'égouts, élargissement des voies éclairées au gaz, Pau se métamorphose en cité des mille et une nuits et devient, sous la plume de James Gordon-Bennett, fondateur du International Herald Tribune : Pau, Reine des Sports.

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