patrimoine
21 mai 2007
D'un côté, la cité historique, le palais d'hiver, le boulevard, le château, les commerces et les échoppes d'artisans. De l'autre côté, le quartier de Trespoey, choisit par les riches valétudinaires comme lieu privilégié de résidence.
© ville de pau
Dès le milieu du XIX°, Trespoey accueille les premiers résidents étrangers, en majorité Anglais et Américains. Les champs se couvrent de villas magnifiques, construites avec les matériaux locaux, galets du gave, ardoises, marbres d'Arudy. Ces villas luxueuses, entourées de parcs magnifiques, s'ouvrent toutes grandes face au Midi, face aux montagnes.
C'est le cas de Sorrento, petit palais à l'italienne, construit par le banquier palois Jacques Mérillon et son épouse américaine, née Clinch, fille d'un diamantaire de la cinquième avenue. Cette villa Sorrento est le symbole du métissage entre familles Béarnaises et Anglo-Saxonnes que Pau a connu pendant plus d'un siècle, période que les historiens locaux dénomment : « Pau Ville Anglaise ».
Toujours sur l'avenue Trespoey, la villa Saint Basil's, propriété de la Ville de Pau, est l'exemple même de cet art de vivre importé en Béarn. Eloignée et protégée de la route par un ravissant jardin à l'anglaise, la villa est ouverte vers le Sud, cette façade étant percée de larges baies destinées à laisser pénétrer la lumière, le soleil et la chaleur.
Préservée, la Villa Saint Basil's a gardé son sanitaire Belle Epoque, grandes vasques émaillées équipées d'une robinetterie d'un autre siècle lui donnent une décoration atypique et en font un lieu hors du temps qui enchante les visiteurs.
Nombreux sont les Palois qui connaissent bien Saint Basil's car depuis quelques années, il est possible de la visiter lors des Journées du Patrimoine.
Une autre villa mérite attention, elle jouxte Saint Basil's, c'est bien sûr la villa Navarre. Elle fut longtemps habitée par la famille Guillemin dont Joe, le fils, était le meilleur ami du poète palois Paul-Jean Toulet. Atteint de tuberculose, Joe s'éteint très jeune, il a à peine vingt cinq ans. Sa mort inspirera au poète des Contrerimes l'une de ses plus belles pages : l'enterrement de Joe, dans Lettres à moi-même.
Navarre a longtemps appartenu à la vieille famille béarnaise Beigbeder et Frédéric, écrivain bien connu qui vient de rejoindre les rangs de la Société des Arts et Lettres de Béarn, s'amusait enfant dans le grand parc. Navarre est aujourd'hui un hôtel de grand standing et une table réputée.
Continuant sa promenade en prenant la direction du Nord, le visiteur tombera sur les allées de Morlàas, vastes allées cavalières où se donnaient rendez-vous les intrépides nemrods du Pau-Hunt.
Deux villas se font face, celle de la famille Prince, St Helen, aujourd'hui résidence du Préfet et en vis à vis, l'impressionnante villa Ridgway. Henry Prince et Henry Ridgway furent d'infatigables animateurs de la vie mondaine paloise et firent pour notre ville une publicité élogieuse.
De 1890 à 1940, grâce à la munificence de ces deux Américains, Pau est omniprésente dans la presse quotidienne d'outre Atlantique et supplante aisément ses rivales, Nice ou Monte-Carlo. Pau devient pour «l'establishment», la ville où il faut être vu. La villa Ridgway abrite depuis peu les services de l'architecture de la Communauté d'agglomération Pau-Pyrénées.
Plus bas, boulevard Alsace-Lorraine, se trouve l'église Notre-Dame. Elle est en quelque sorte le réceptacle de l'oeuvre essentiel du statuaire palois Ernest Gabard. Ce jeune Béarnais, élève de Rodin, fuira Paris, ses honneurs et ses « chapelles » pour vivre simplement de son art dans la ville qui lui a donné le jour.
Est-il besoin de préciser que l'église Notre-Dame mérite une visite ne serait-ce que pour admirer le bénitier. C'est le fils de l'artiste, Pierre Gabard, ancien maire de Jurançon, qui a sacrifié de nombreux jeudis après-midi pour poser, recroquevillé à même le sol de l'atelier de son père. Il figure un diable plus vrai que nature !
En bas du boulevard Alsace-Lorraine se trouve sans doute le plus beau parc de Pau, le parc Lawrance. Cèdres, séquoias, chênes séculaires rivalisent d'élégance et apportent une ombre rafraîchissante à la villa hollandaise qui fut la première « université » de Pau.
Aujourd'hui la villa Lawrance connaît une deuxième jeunesse. La villa est devenue le musée de Pau Ville Anglaise. Elle abrite les collections du Cercle Anglais ainsi que les archives de l'équipage du Pau-Hunt, faisant la joie des chercheurs, des étudiants et des nombreux passionnés.
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