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HENRI IV, PLACE ROYALE

18 juin 2007

En offrant la statue de Nousté Henric, inaugurée avec faste place Royale, le 27 août 1843, Louis-Philippe voulait donner un signe politique fort et s'identifier à l'image de l'aïeul illustre et bien-aimé du peuple.

Malgré tous les efforts du roi-citoyen, ce symbole d'une royauté pacifique et généreuse n'a pas vraiment eu l'effet attendu. Il a juste provoqué trente années d'âpres discussions et un sursaut d'orgueil de la part de tous les Béarnais.

Tête nue, cheveux bouclés, la main gauche sur la garde de son épée, le roi ressemble à l'Hercule antique, calme, fort et protecteur. La main droite grande ouverte est tournée vers l'extérieur, en signe de générosité. D'ailleurs, les gerbes de blé et les grappes de raisin à ses pieds rappellent l'abondance retrouvée sous le règne du Béarnais.

Le casque, surmonté du panache blanc, est posé à terre : Henri le réconciliateur est aussi le grand rassembleur : « Suivez mon panache blanc, vous le trouverez toujours sur le chemin de la victoire et de l'honneur ». Tête nue, il devient plus « pacifique » que jamais ! le symbole est trop beau pour Louis-Philippe qui souhaite effectuer, grâce à ce monument, un rapprochement avec son ancêtre. Le roi citoyen montre clairement son souhait d'incarner le même idéal de royauté et d'annoncer la naissance d'une France moderne.

L'inscription latine sur le socle confirme cette ambition : « Henrico nostro pia nepotis augusti munificencia redivido » signifie : A notre Henri, ressuscité par la pieuse munificence de son auguste petit-fils.

Les bas-reliefs sont eux aussi allégoriques et l'on voit Henri IV tour à tour « enfant », « père » puis « guerrier ». Le roi enfant jouant avec ses petits camarades paysans au pied des collines de Coarraze. Le roi paternel et bienveillant qui laisse entrer des vivres dans Paris qu'il assiège et enfin le roi guerrier haranguant ses troupes à la bataille d'Ivry.

Le choix de ces symboles entraîne une « projection » idéale du bon roi et de son corollaire obligé « le bon peuple ». En effet, Henri IV n'a pas nourri les Parisiens qu'il assiégeait mais ce sont ses troupes qui firent passer des vivres au-dessus des murs en échange de quelques monnaies. Henri IV n'a jamais espéré une poule au pot pour ses paysans, c'est le poète Péréfixe qui l'invente. Quant à Coarraze, Henri IV n'était qu'un nourrisson ; il n'y a passé que les premiers mois de sa vie.

Naissance de l'oeuvre

L'érection de la statue d'Henri IV sur la place Royale est un vrai parcours du combattant, un cas d'école pour tout chercheur féru d'histoire locale. En effet, entre le projet initial et l'inauguration du monument, trois rois (Louis XVIII, Charles X et Louis-Philippe), et 8 maires de Pau se sont succédé, trente années se sont lentement écoulées.

L'année 1814 voit la chute de l'Empire, l'exil de Napoléon à l'île d'Elbe et la nomination de Monsieur de Perpignàa au siège de premier magistrat de la cité. Lors de son premier Conseil municipal, le 1er mai 1814, l'édile palois déclare en ouverture que « La chute de l'Empire est la plus heureuse des révolutions. Elle nous a rendu nos souverains légitimes, les descendants de notre Henri, elle nous a rétablis le gouvernement paternel de nos rois ». A l'issue de cette déclaration, le nouveau maire propose l'érection d'une statue du grand roi qui, de son propre aveu « avait donné la France au Béarn ». En fin politique, Perpignàa avait bien compris que la restauration de Louis-Philippe était un moment favorable pour glorifier l'ancêtre béarnais, chef de famille de l'auguste famille Bourbon. Le Conseil reçoit favorablement cette décision et propose, dans sa séance du 22 octobre 1814, et « si le Roi l'autorise », d'ériger une statue pédestre et en bronze. Pour plus de sécurité financière, la Ville et le Conseil général s'allient pour ouvrir une souscription ouverte à toutes les communes des Basses-Pyrénées.
Le projet est contrarié par l'évasion de Napoléon qui débarque à Cannes le 1er mars 1815.

Toujours modérés dans leurs passions politiques, les édiles béarnais font une rapide volte- face : séance tenante, la place Royale est rebaptisée promenade Napoléon et l'on décide d'élever une colonne à l'Antique surmontée de l'Aigle impériale.

Peut-être moins versatile que la Ville de Pau, le Conseil général revient à la charge et décide, le 22 octobre 1820, d'ouvrir à nouveau la souscription à toutes les communes du département.

Douze ans plus tard, et après moultes tergiversations, le projet, faute de moyens, est à nouveau abandonné ; la générosité escomptée des Basques et Béarnais n'était pas au rendez-vous. Quinze ans passent. En 1835, le Conseil général et la Ville de Pau font à nouveau alliance et demandent au Roi l'octroi d'une statue d'Henri IV en bronze, puis en marbre puis, ne pouvant trancher entre les avis divergents, le choix définitif du matériau est finalement laissé au Roi qui devra trancher en personne. Une commission est formée et choisit le projet définitif en 1836. Le 21 février 1939, le Conseil général entérine la décision du Ministère de l'Intérieur qui offre la statue (32.000 F) ainsi que le quart du transport de Paris à Pau (4.500 F). La statue sera sculptée par Raggi, connu pour sa statue de Bayard mourrant à Grenoble et celle d'Henri IV à Nérac. Elle sera taillée dans du marbre de Louvie. La sculpture des bas-reliefs sera confiée à Etex (20.000 F).
Ces frais ainsi que les travaux de pose et de terrassements (8.000 F) et le reste des frais de transports seront à charge équitable entre le Conseil municipal et le Conseil général. Aujourd'hui, la statue appartient au Conseil général des Pyrénées-Atlantiques et son entretien est à la charge de la Ville.

En mars 1842, la statue est achevée et figure dans une exposition dans la cour du Louvre. Saisi d'un doute affreux, le Conseil général hésite entre la place Royale et la place Gramont. Un dimanche, un mannequin est déposé sur chacune d'entre elles pour juger de l'effet. La place Royale est définitivement adoptée et la statue sera mise en place le 25 octobre de la même année, recouverte d'un voile jusqu'à la date de son inauguration officielle. Celle-ci aura lieu pratiquement un an plus tard, le 27 août 1843, en présence des ducs de Montpensier et de Nemours, fils de Louis-Philippe. Elle donne lieu à trois jours de réjouissances.

Inauguration de la statue d'Henri IV

Dans sa séance du 27 mars 1843, le Conseil municipal prévoit qu' « il convient que la ville concourre à cette solennité en donnant des fêtes extraordinaires, adressées à toute la population et non à une classe seulement ».
La veille de l'inauguration, un grand bal est donné dans la cour du château de Pau par le Conseil municipal. Celui-ci considérant que « après avoir vu au-dehors la physionomie du pays, le Prince aurait dans une nombreuse assemblée, l'occasion d'apprécier la physionomie des habitants ». Le Phare des Pyrénées, journal international, nous apprend que le duc de Montpensier a ouvert le bal avec Mademoiselle Azévédo, fille du Préfet, puis donne tous les noms des jeunes filles qui se sont succédé, en ironisant sur les préséances.

Parallèlement au bal se tiennent de nombreux bals populaires, ainsi qu'un mat de cocagne, organisés par la municipalité. Le soir de l'inauguration, le Prince offre un banquet de 350 couverts, en plein air, dans le parc du château. Dans la prairie avoisinante, vingt cinq à trente mille personnes s'échelonnent en amphithéâtre. Vers la fin du repas, le Prince donne l'ordre de lever la consigne qui leur avait interdit l'entrée du parc. D'après le Mémorial, « il voulut, comme son aïeul, qu'on laissa approcher ceux qui voulaient le voir de plus près ». Ensemble, le prince et les Béarnais admirent le premier feu d'artifice que connaît la ville de Pau, offert par Louis-Philippe. A l'issue de ce grand spectacle a lieu la très symbolique « distribution aux indigents » : le pauvre a eu sa poule au pot !

Le descendant d'Henri IV se rend ensuite au château où il écoute « sans faiblir » les huit discours : le président de la Cour Royale, le président du Conseil général, Monseigneur l'évêque de Bayonne, le commandant de la Garde nationale, le représentant du Tribunal de première instance, du tribunal de commerce, du représentant de Messieurs les officiers retraités du Prince ainsi que de l'Inspecteur d'Académie de Pau.

Il visite la ville, se rend à l'hôpital et remet quatre livrets de Caisse d'Epargne de cent francs chacun aux élèves de trois écoles communales « qui se seront fait le plus remarquer par leur application, leur bonne conduite et leurs progrès ». Hommage suprême, le Prince serre la main du prix d'honneur de philosophie !
Le 27 août 1843, Après une messe dans la chapelle du château, le cortège du Prince et les autorités se rendent place Royale où la statue est enfin dévoilée ; voilà presque un an qu'elle était en place mais recouverte d'un voile opaque. Le Mémorial des Pyrénées commente : « Nous ne saurions rendre l'effet que ce moment a produit et le sentiment indéfinissable de bonheur qui a débordé de toutes les âmes ». A son tour, le deuxième journal de Pau ne tarit pas d'éloges : « Dire l'émotion qui a saisi toutes les âmes à la vue des traits chéris du Béarnais est chose impossible. Un cri de joie général s'est fait entendre ». La musique et les choeurs font retentir l'air national « Vive Henri IV » et l'air béarnais « Là-haut sur la montagne », et une salve de 21 coups de canons retentit sous les acclamations de la foule. Le Prince dépose un coffret en coeur de chêne au pied de la statue ; il contient le procès verbal de l'inauguration, l'ouvrage de Hardouin de Pèrefixe la vie d'Henri IV, la Henriade de Voltaire quelques précieuses lettres écrites de la main du roi béarnais ainsi que des pièces de monnaie et des médailles datant de l'époque de son règne. Le sculpteur Raggi et l'architecte du département Monsieur Latapie, déposent le coffre dans une ouverture en caveau spécialement pratiquée et la scellent. Cette petite boite sera l'objet de convoitises et de nombreux illuminés tentèrent longtemps de la retrouver. Une légende prétendait que le pouce de la main droite d'Henri IV indiquait l'endroit où il fallait creuser. Elle fut retrouvée en 1972 quand André Labarrère décida de fleurir le petit parterre qui borde la statue.
En cette journée inaugurale, la statue fait face aux colonnes et arcs du chantier abandonné de ce qui devait être « la cathédrale Saint-Louis ». Ce projet n'ayant pu être réalisé faute de crédits, c'est un théâtre qui verra le jour en 1862. En faillite, le théâtre deviendra Mairie de Pau en 1878.

La foule est venue en masse ce qui permet au Mémorial d'affirmer le caractère dévoué et profondément monarchique de la contrée béarnaise. Quant aux discours officiels, ils permettent de rapporter à Louis-Philippe « les sentiments d'amour, d'admiration et de reconnaissance » portés par les populations « loyales et fidèles ».

Louis-Philippe « retenu par les devoirs amers de la couronne », n'a pu assister lui-même aux réjouissances mais le choix du duc de Montpensier est très judicieux car il symbolise la royauté sans en porter les responsabilités du pouvoir, ses aspects mal aimés, les rancoeurs éventuelles. De plus, sa jeunesse, son amabilité, font de lui une figure plus consensuelle que celle de son père. Le but est bien de laisser une image très positive de l'Etat, en Béarn.

A la fête populaire organisée par les autorités, s'ajoute la simplicité juvénile du prince. Quelques jours avant son arrivée à Pau, il gravit le Pic du Midi d'Ossau « par la voie difficile », ce qui lui vaut une admiration et une popularité immédiates. Une ascension qui s'apparente à un rite de passage. Le duc de Montpensier montre ainsi son attachement aux valeurs béarnaises et crée une relation intime et spirituelle avec eux. A cela s'ajoute la verticalité, symbolique en soi, qui confère une hauteur politique au Prince.

Pourtant, cette inauguration fastueuse reste un signe du pouvoir. Louis-Philippe cherche à exprimer une continuité chronologique, cherche à s'identifier à celui qui s'apparente au roi idéal, en un acte vertueux, voulu comme une preuve de sa justesse et de sa munificence. Mais l'emprise des consciences voulue par Louis-Philippe ne durera que le temps de son règne. Dans la mémoire des enfants du Béarn et de la Nation, il n'a pu prendre la place de son aïeul populaire.



Sources : Service des archives communautaires, journaux « Le Mémorial », « Le Phare des Pyrénées », Cécile Laborderie « La statue d'Henri IV », maîtrise d'histoire UPPA.

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