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MONUMENT À PAUL-JEAN TOULET (1867-1920)

17 septembre 2007

Ce petit monument en pierre d'Asson, orné d'un médaillon de marbre représentant Toulet dans sa période paloise, est dû aux ciseaux de Madame Marounia Brun de la Serve, alors Directrice de l'Ecole des Beaux-arts de Pau.

- « Qu'y a-t-il ?
- Ce n'est rien, c'est un peu de jeunesse qui passe ».

Lors de son inauguration, en 1963, Monsieur Jean-Emile Reymond, ministre d'Etat de Monaco et président de l'Association des Amis de Paul-Jean Toulet déclarait : « J'avais eu le plaisir et l'honneur, il y a quelques années, de traduire dans une requête à Monsieur le Maire de Pau, le désir de M. Louis Ducla, admirable mainteneur des Lettres Pyrénéennes, de M.Paul Mirat qui fut l'ami d'un Toulet bien vivant et de M. Pierre Lious, maire de Guéthary, de voir s'élever, dans sa ville natale, une stèle à la gloire du poète des Contrerimes ».

Paul-Jean Toulet est né le 5 juin 1867, à Pau, dont il conservera toute sa vie le souvenir ébloui. Ses parents, planteurs à l'île Maurice, rentrèrent en Béarn pour la naissance. Sa mère meurt quinze jours plus tard ; l'enfant, confié à ses grands parents, grandit à Billère, villa Mauritius, aujourd'hui Isnisfail. « Je rêve à notre villa de Billère. Souvent l'été, par notre fenêtre du haut tournée au midi, de grand matin, je regardais. D'abord, adossées à l'horizon, les lointaines Pyrénées d'un bleu tendre, - et immédiatement contre le Parc de Pau, cachant les plans intermédiaires de sa colline aux sombres feuillages, - puis dans le bas jusqu'à la prairie d'en face, du brouillard, et enfin notre jardin, éveillé par le soleil levant, plein de bourdonnements et de parfums, avec ses poiriers symétriques, ses allées de gazon, et sous moi une tonnelle de glycines aux fortes odeurs. Du côté gauche la caserne envoyait parfois un chant de clairon ».

Dans une lettre de 1902, Toulet raconte encore : « ...un soir d'automne que le vent sifflait en-haut des toits et dans le branchage défeuillé du parc... je suivais cette étroite rue de guingois, qui porte le nom d'un jurisconsulte oublié... C'est là que jadis j'avais appris à lire, chez les soeurs Dominicaines, dans une grande maison (la maison du bourreau) dont l'abord herbeux est encore orné, comme aux jours de mon enfance, d'une Diane aux jambes nobles et nues... ».

Une enfance entre ses grands-parents, une adolescence turbulente, Toulet est renvoyé du lycée de Pau pour mauvaise conduite, puis de celui de Bayonne. Il bachote finalement à Saintes avant d'embarquer pour Maurice où il découvre la littérature, les jeunes filles en fleurs, les herbes à fumer aux senteurs tropicales mais aussi le jeu qui causera sa perte.

De Maurice, il part pour Alger. (Les Archives de la Communauté d'agglomération Pau-Pyrénées conservent le journal de cette époque dont certaines pages ont été malheureusement découpées, d'autres collées entre elles par les mains qui ont offert ce document à la postérité. Ce journal, précautionneusement codé, a délivré tous ses mystères grâce à Daniel Aranjo, meilleur biographe du poète, qui a su en percer l'énigme).

De retour à Pau, Toulet fréquente le Champagne, place Royale. Francis Jammes nous le décrit : « Toulet maigre et long est assis, les pieds dans des sandales blanches, et les mains jointes enserrant son genou droit. Il est tellement replié sur lui-même qu'il a l'air bossu et que son estomac s'appuie sur le genou que j'ai dit... Ses gros yeux bleus de jeune fille vous fixent de sous l'étroit béret basque rabattu sur le front. La lèvre, d'une minceur extrême, se crispe. Il sourit, m'invite à m'asseoir devant son absinthe ».

A Pau toujours, avec son complice Joe Guillemin, Toulet brûle la vie par les deux bouts. La mort brutale de Guillemin et la visite qu'il lui fait au cimetière lui arrachent l'une de ses plus belles pages.

« Joe, mon pauvre Joe, nous l'avons parcouru ensemble ce paysage montueux et magnifique ; nous en avons foulé les penchants aux ombres bleues, pleins d'une herbe grasse, ou contemplé de loin, accoudé à ces mêmes terrasses, les eaux et les clochers. Ensemble nous avons bu le jurançon d'ambre, sous les tonnelles, à l'heure où la blanche chaleur d'un jour d'été accable la campagne. Nous nous sommes couchés dans les herbages frais des creux, pour discourir de choses sublimes, au chant des cigales, au bruit des sources cachées ; et nous avons couru les rues nocturnes de la ville, sous les yeux d'une bienveillante police... Ensemble encore, après un trop long baccarat et du balcon de l'ancien casino, qui est suspendu sur un grand vide, nous avons regardé naître cette aurore improbable et bigarrée que découvrent seuls les yeux las d'une trop longue nuit ».
Ce casino, suspendu au bord d'un grand vide est aujourd'hui le Pavillon des Arts, place Royale, où le poète, pendant sa période paloise (1889 à 1898), passe ses nuits, sans se soucier de sa santé, de sa fortune, de la santé de sa fortune.
Pendant ces neuf années de longues vacances, Toulet s'imprègne « du bleu léger des Pyrénées » et du « Béarn aux belles pierres ». Ne dit-il pas : « A Pau, où j'ai goûté ce fuyant plaisir de vivre... les horizons en sont tels qu'on voit bien que le Bon Dieu s'en est mêlé, au lieu de les faire faire par ses domestiques »...
Toulet meurt le 6 septembre 1920, laissant sur sa table de chevet un ultime poème :

Ce n'est pas drôle de mourir
Et d'aimer tant de choses
La nuit bleue et les matins roses
Le verger plein de glaïeuls roses
(L'amour prompt)
Les fruits lents à mûrir.

« Maintenant, écrit Georges Martineau, Toulet repose près de la vieille église de Guéthary. Nous l'y avons conduit par un matin aigre et clair. Sa tombe est à gauche du vaste porche d'entrée, sur un tertre d'où l'on voit les montagnes d'Espagne et la mer étincelante ».

Lors de l'inauguration de la stèle, le président Louis Ducla, fondateur de l'Association Régionaliste du Béarn, à qui nous devons ce petit monument, regrettait avec raison que, par manque de place, le passage magnifique de la Lettre à soi-même du 22 novembre 1903 en souvenir de Joe Guillemin n'y soit gravée : « Au retour, je fis passer la voiture par le boulevard et le parc Beaumont. C'était pour admirer une dernière fois, par-dessus les beaux feuillages que la saison n'avait pas encore jaunis, ce sublime aréopage de montagnes et les collines recourbées, et les arbres lointains du vieux parc, tout ce décor qui a ri tant à mes joies passagères, pour lequel, parmi tant d'autres choses, j'aimerai toujours Pau dans mon souvenir ».

Extrait de l'ouvrage de Paul Mirat : Statues de Pau aux Editions Marrimpouey.

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