chroniques
© crédit municipal15 février 2008
Après quelques tentatives au XIVe, en Bavière, en France ou en Angleterre, qui ont toutes rapidement avorté sous la pression des usuriers, c'est en 1462 que le moine italien Barnabé de Tierni crée à Pérouse la première banque de charité, nommée « Monté di pietà ».
C'est, en fait, la formalisation d'une pratique devenue courante dans certaines abbayes où les moines prêtaient aux pauvres en échange du dépôt en gage d'objets de toutes sortes. Le prix de revient était alors compensé par des dons de notables ou de gouvernements mais, rapidement, la prise d'intérêt est intégrée dans le prêt. Même si l'Eglise condamne formellement tout prêt à intérêt, le Pape Léon X assouplira cette position lors du Concile de Latran, le 9 mai 1515 : « Persuadé que les Monts de Piété contribuent à la paix et à la tranquillité du monde chrétien, nous déclarons et décidons, avec l'approbation du concile, que les Monts de Piété où l'on perçoit quelque chose de modique pour l'entretien des officiers et les dépenses inévitables, n'ont nulle occasion de pêcher et ne sont point usuraires; qu'au contraire, ils sont méritoires et dignes d'éloges».
Créé pour permettre aux populations défavorisées de faire face à une situation extrême, le Mont de Piété a franchi les siècles avec le même profil. Il a été développé en France grâce à Théophraste Renaudot, dans la première moitié du XVIIe siècle. Le créateur de « La Gazette» écrivait ainsi que « L'expérience a appris que dans les affaires de la vie, un secours venu à tout propos avait valeur de trésor. L'ouvrier, faute d'une avance, ne peut prendre maîtrise et, poussé par le découragement, s'abandonne à l'ivrognerie, mère de la misère et des maladies; le marchand, l'entrepreneur, faute d'un petit pécule, succombent à la première. gêne qu'ils éprouvent, ou ne peuvent réaliser un bon coup de commerce, soit une commande; je ne finirais pas si je voulais énumérer toutes les circonstances où un secours venu à propos vaut mieux, je le répète, qu'un véritable trésor».
Les Monts de Piété n'existeront qu'en pointillé, subissant la pression permanente des usuriers, jusqu'en 1777, date à laquelle fut créé officiellement le premier Mont de Piété en France, par lettres patentes du Roi Louis XVI. Les dix-huit articles précisent un fonctionnement où la vocation sociale de l'établissement est affirmée, même si doit être assurée la meilleure gestion possible.
Le Mont de Piété à Bordeaux, plus de 200 ans d'histoire:
A Bordeaux, la première évocation du Mont de Piété date de 1678 mais c'est en 1768, sous Louis XV, que furent présentées par des citoyens bordelais les premières propositions concrètes pour créer dans cette ville une maison de charité à laquelle serait annexée un Mont de Piété.
Après plusieurs tentatives infructueuses, le point de départ officiel de la création du Mont de Piété à Bordeaux est dans la lettre adressée le 26 ventôse an IX (16 mars 1801) par M. Dubois, Préfet de la Gironde, à la Commission Administrative des Hospices, lui transmettant le plan de l'institution à créer, intitulée «Etablissement de confiance et de prêt sur nantissement ». Ce premier projet n'aboutit pas mais fut suivi immédiatement suivi d'un second, par lequel plusieurs citoyens souscrivaient à des actions pour créer le « Mont de Piété de Bordeaux », institué par arrêté préfectoral en date du 1er septembre 1801.
Il sera finalement inauguré le 1er décembre 1801 et confirmé par décret impérial du 30 juin 1806.
L'activité de cette institution connaît un rapide essor mais, dès la seconde moitié du XIXe siècle, elle doit s'adapter aux métamorphoses de l'environnement social et législatif. La société française va considérablement changer avec la création des sociétés mutualistes, de la sécurité sociale, de la couverture des accidents du travail, du code du travail, etc. Toutes ces évolutions vont alléger les charges pesant sur les couches sociales les plus défavorisées et faire perdre au Mont de Piété son fond de commerce. Ainsi, petit à petit, il abandonne son caractère exhaustif de secours d'extrême urgence pour se rapprocher de l'environnement bancaire classique.
Cette mutation est ainsi institutionnalisée au lendemain de la 1ere guerre mondiale, par décret du 24 octobre 1918 aux termes duquel les Monts de Piété deviennent Caisses de Crédit Municipal et sont alors habilitées à ouvrir des comptes de dépôt pour se constituer un fonds de roulement.
Par la loi du 11 juin 1954, ce sont les prêts sur le traitement des fonctionnaires qui sont autorisés, pour asseoir la vocation sociale de ces établissements, les fonctionnaires ayant souvent des difficultés à obtenir des crédits des établissements privés, en raison de la modicité de leurs traitements.
En 1984, la « Loi Bancaire» place formellement les Caisses de Crédit Municipal au sein de la communauté bancaire, les autorisant à commercialiser des produits financiers, en sus de l'activité dont elles détiennent toujours le monopole : Ie prêt sur gages. Ainsi, les Crédits Municipaux ont à la fois le statut d'Etablissement public communal d'aide sociale - dont la mission est de combattre l'usure - et le statut d'établissement de crédit.
En 1992, une nouvelle loi ramène chaque Caisse sous la responsabilité de sa commune, actionnaire unique.
Le griffon, emblème du Crédit Municipal:
Animal fabuleux de la mythologie, composé de la moitié d'un aigle et de la moitié inférieure d'un lion, le griffon, assimilé à un gardien de trésor, symbolise la force, l'invincibilité et la sagesse. Apparu pour la première fois en Mésopotamie au deuxième millénaire avant J.C, on le retrouve dans les sculptures assyriennes, en Palestine et dans l'art byzantin. Souvent utilisé en héraldique à partir du Moyen Age, le griffon figurait dans les armoiries de la ville italienne de Pérouse, où fût fondé en 1462 le 1er établissement de prêts sur gages. C'est pourquoi les Crédits Municipaux, héritiers en France de la tradition des Monts de Piété, ont choisi le griffon comme emblème.
L'histoire des Monts de Piété s'étoffe d'anecdotes pittoresques, notamment celle à l'origine du surnom de « ma tante» : le Prince de Joinville, fils de Louis-Philippe, ayant déposé sa montre à la suite d'une dette de jeu, prétendit l'avoir oubliée chez sa tante, Madame Adélaïde.
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