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LE SQUARE GEORGES BESSON

01 juillet 2009

« Bastingage » est la chronique de Christian Laborde, écrivain, publiée chaque mois sur le site Internet de la ville.

Tous les Besson ne se prénomment pas Eric, n'invitent pas les citoyens à la dénonciation de sans-papiers que Brute Hortefol, nouveau locataire de la place Beauvau, fait monter à coups de matraque dans les fourgons de la police.

Besson, c'est principalement Patrick, auteur de 28, boulevard Aristide Briand , de Tour Jade, écrivain que j'ai connu à L'Idiot International, le journal déchaîné de Jean-Edern Hallier, et que je retrouve, chaque semaine, dans le magazine Le Point. J'achète Le Point pour lui. Tout ce qui, dans Le Point, n'est pas signé Besson, je l'oublie. Rien d'étonnant à cela : les mots des journalistes ne sont-ils pas, trop souvent, des mots morts ? On devrait confier les éditoriaux, les chroniques, les billets, les enquêtes à des écrivains. On se ruerait chaque matin au kiosque pour découvrir les horreurs sublimes, les vérités empanachées de syllabes qui se disputeraient les colonnes de canards tout à coup sur-vitaminés. On collectionnerait les numéros, chaque paragraphe deviendrait «collector », et la télé pourrait allait se rhabiller avec ses reportages sans relief et ses présentateurs sans audace.

Besson, c'est aussi Colette devenant championne olympique du 400 m en 52"03, à Mexico, en 1968. Elle entre dans la dernière ligne droite en sixième position et, remontant toutes ses adversaires, vient battre sur le fil la favorite, la britannique Lillian Board. Colette avait de beaux cheveux et, sur le podium, un sourire extraordinairement doux. Nous ne demandions qu'à savourer cette douceur, mais le cancer ne l' entendait de cette oreille...

Besson, à Pau, c'est un square, le square Georges Besson dont l'allée centrale relie l'avenue Trespoey à celle du Stade nautique. Quand on s'assied sur un banc du square Georges Besson, on songe aussitôt à Georges Brassens, aux amoureux qui, dans l'une de ses chansons, et sous le regard courroucé des gens honnêtes, dégustent, selon l'expression charmante d'Elie Kakou, une « soupe de langues » Ils ne se contentent pas, square Georges Besson, d'un petit potage de pelles, mais poussent au contraire l'étreinte à son maximum. Et le voisinage, pestant contre « le caractère immoral et insécurisant » de leur comportement a obtenu de la mairie, et ce depuis belle lurette, qu'elle ferme le parc la nuit. Un comportement « immoral » : cela se discute. « Insécurisant » : je ne vois pas ! En quoi le Palois et la Paloise se prenant, lui pour Rocco Siffredi, elle pour Clara Morgane, obéissant à leur coeur qui dit : moteur ! porteraient-ils atteinte à la sécurité de celles et ceux qui à Pau trompent l'ennui en faisant les mots croisés de Télé7Jours ?

Georges Besson n'était ni maréchal, ni général, comme le sont ceux qui donnent leurs noms à des rues, des avenues, des squares. Georges était ingénieur horticole et devait donc sa gloire à sa connaissance, à sa fréquentation des fleurs. Sans doute leur parlait-il, comme le font les dames coiffées d'un chapeau de paille qui, un sécateur à la main, vont et viennent dans les allées de leurs jardins. Sans doute savait-il, comme Heinrich Heine que « les parfums sont les sentiments des fleurs. »

Je traversais, il y a quelques années, le square Georges Besson lorsque je rendais visite à Kenneth White. Il habitait, non dans la Tour Jade chère à Patrick Besson, mais dans l'une de ces tours froides qui portent le nom du col d'Aspin. Tout était blanc chez White, les murs, les meubles, le tapis. Le corps rond et dodu des pierres ramassées au cours de ses pérégrinations, pierres qui lui servaient de presse-papier, constituaient les seules taches sombres de ce clair décor. Les poèmes de White sont semblables aux pierres surmontant ses manuscrits posés à même le sol de son appartement palois : nus, libérés du verbal chichi auquel ont recours les auteurs sans envergure, débarrassés des conventionnels chouchous dont les écrivains sans vision coiffent leurs phrases. White, dans son recueil Atlantica (Ed. Grasset) met dans le mille en un minimum de mots. Je me souviens de sa « Prose pour le col de Marie-Blanque. » Ce qui se passe sur le plateau du Benou quand les bêtes et les arbres sont seuls et jouissent de la présence amicale du vent ou de la brume, devient d'emblée la chair même de ce vivant poème. Juste un truc qui cloche : du col de Marie-Blanque, Ken dit qu'il est « un petit col de rien du tout ». Je ne suis pas sûr que les coureurs du Tour de France qui, en 2010 seront à Pau, soient de cet avis.

Christian Laborde
http://www.christianlaborde.com

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