chroniques
© ville de pau03 août 2009
« Bastingage » est la chronique de Christian Laborde, écrivain, publiée chaque mois sur le site Internet de la ville.
Il est impossible d'entrer dans Pau en remontant la rue Henri Faisans. On est stoppé dans son élan par un quarteron de panneaux de sens interdit plus revêches, plus énormes les uns que les autres. Ils sont si peu avenants que, les voyant, on freine à bloc, au risque de tomber de son vélo. Mais peut-on rêver meilleure chute ? A cet endroit, au 49, rue Henri Faisans, elle vous expédie dans la pâtisserie de monsieur Létendart. C'est si délicieux de se retrouver dans ses choux. Ce pâtissier a une imagination fertile, fait du ping-pong avec les saveurs, les textures, et l'on est sûr, quand on lui rend visite, de ne pas se retrouver chocolat.
Il faut retirer, vite fait, ces panneaux de sens interdit qui sont comme une barricade à l'orée de la ville, dressée non par un populo en colère, mais par des flics, la visière au ras du menton. On croirait les boucliers rouges de sentinelles nous répétant : « Circulez, y a rien à voir ! » Il n'y aurait rien à voir ? Rien n'est moins faux : il y a Pau. Nous voudrions voir Pau.
On obéit aux panneaux, on tourne à gauche, et l'on se retrouve, non au pied du château, mais à la gare. J'aime la gare de Pau, surtout la nuit, les quais vides, la longue et large toiture en V sur laquelle la pluie d'orage balance des quintaux de gouttes. Les sons fusent, se poursuivent, se heurtent de plein fouet. On dirait une composition de Pierre Henry, la compagnie Bernard Lubat dans ses oeuvres.
A la Gare de Pau, la nuit, sur les quais silencieux, au flanc d'un distributeur de boissons brille la pub d'un soda dynamisant : « Jamais à l'heure toujours en avance ! » Un slogan à vous provoquer un malaise vagal. Assez de ces mots qui nous poussent à la performance, nous somment d'accélérer, d'avoir toujours plus de rendement dans des entreprises où trône désormais, à côté de la machine à café, le défibrillateur. Je ne veux être ni à l'heure, ni en avance, ni en retard : je veux simplement être là, regarder, écouter, voir. A la Gare de Pau, un jour, j'ai profité d'un concert donné par les oiseaux, sous le toit long et large. Que faisaient-ils là ces oiseaux ? Ils ne manquent pas d'arbres à Pau pour faire les cons, les oiseaux ! Qui étaient-ils ? Des piafs ordinaires ? Des grimpereaux ? Des mésanges, des gobemouches, la gent à plumes du voyage qui aurait garé les caravanes sous la structure en acier? Le poète Henri Pichette aurait pu répondre à ma question. Il savait tout du rouge-gorge et du vol des alouettes, cet oiseau qui ne pèse pas plus lourd qu'une bulle dans un Malabar. Quatre vers d'Henri Pichette me viennent à l'esprit :
Mais que, fille de l'azur, l'alouette sans trêve
Tout en tirelyrant monte à l'assaut du jour,
Qu'à force d'ailes, folle en vol, elle s'enlève
Jusqu'aux cieux, c'est gagné ! La vie est de retour.
Décélérons à Pau. Ni sens obligatoire, ni sens interdit : juste nos pas sur le plus vert des tapis.
Christian Laborde
http://www.christianlaborde.com
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