chroniques
© ville de pau31 août 2009
« Bastingage » est la chronique de Christian Laborde, écrivain, publiée chaque mois sur le site Internet de la ville.
Est-il mois plus tendre que le mois de septembre ? Quel autre mois, hormis celui de mai, possède un nom dont la prononciation emplit la bouche et l'oreille d'une aussi rare douceur ? Au départ, sur le papier, c'était pourtant mal barré : six consonnes, la première sifflante, les autres groupées, agglutinées, formant un paquet de deux, un autre de trois. On pouvait craindre bien des grincements, des roulements, de courtes avalanches buccales. Il n'en est rien. C'est tout le contraire : ce vocable est paisible, aussi languide que ces bambous entre lesquels le vent, à Pau, se glisse après avoir progressivement freiné, perdu de sa vitesse. Les feuilles des bambous sont des demoiselles dont Eole, à Pau, s'interdit de retourner l'ombrelle.
Il y a, dans « mai », tout l'arrondi d'une bouche d'enfant émerveillé. Emerveillés, nous le sommes par tous les verts tendres qui, au printemps, s'offrent à notre regard. Il y a dans « septembre », l'imperceptible respiration d'une femme qui lit un roman de P.D. James sur une terrasse. En septembre, les canicules ont débarrassé le plancher, le ciel est de retour. La lumière ayant cessé d'être meurtrière, il est de nouveau possible de le regarder, de savourer son bleu inaltérable qui rend jalouse et fait rêver la Méditerranée.
Septembre est tendre. L'ombre et la lumière qui se faisaient face et s'affrontaient durant l'été, s'apprivoisent, se confondent : rien n'est tranché, rien n'est étanche, l'ombre est colorée, la lumière presque liquide.
Nous pensons septembre le mois le plus tendre, nous nous apprêtons à le savourer, mais la machine sociale s'empresse de nous happer, de nous incorporer de force dans sa frénésie : c'est la rentrée ! Cette machine à broyer ne manque pas d'hommes de mains, à commencer par les supermarchés qui contrôlent toutes les entrées de Pau. Dans chacune des allées que nous empruntons, poussant le caddy, consultant la liste, les panneaux et la sono ne cessent de nous répéter : c'est la rentrée ! Les panneaux sont en place depuis plusieurs semaines : nous étions prévenus, nous devons obtempérer.
La rentrée devrait être interdite, comme la baignade quand la mer est capricieuse. La rentrée, c'est dangereux pour la santé des enfants qui pleurent, des parents qui culpabilisent, des instituteurs que l'Etat prive de moyens, pour tous les Palois que le boulot sépare de leur ville, prive de sa beauté. En septembre, mois le plus tendre, les Paloises et les Palois ressentent un manque : un manque de Pau.
Christian Laborde
http://www.christianlaborde.com
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