chroniques
© aso05 octobre 2009
« Bastingage » est la chronique de Christian Laborde, écrivain, publiée chaque mois sur le site Internet de la ville.
Dans la salle d'embarquement de l'aéroport de Pau, une vidéo diffuse en boucle des images louant la beauté des paysages aquitains, le dynamisme de sa vie économique et culturelle. La camera s'attarde quelques secondes sur une corrida. Des secondes bien trop courtes. En effet, le voyageur qui, après un bref passage dans les Pyrénées, s'apprête à s'envoler pour Paris, n'a pas le temps de se faire une idée claire de ce qu'est vraiment le spectacle tauromachique. Il conviendrait, me semble-t-il, d'une part d'ajouter à la séquence concernée des images supplémentaires et, d'autre part, de les accompagner, en voix off, ou en incrustation, de cette pensée de Théodore Monod, naturaliste, philosophe, explorateur, amoureux du désert: « La corrida est le symbole le plus cruel de l'asservissement de la nature par l'homme. » Ainsi le voyageur repartirait-il chez lui en sachant un peu mieux ce qui se passe chez nous.
Valéry Giscard d'Estaing, de l'Académie Française, est un de nos plus grands auteurs, un de ces écrivains dont les universitaires anglo-saxons aiment disséquer l'oeuvre exigeante. Valéry Giscard d'Estaing, comme tout créateur véritable, se moque des conventions et des interdits. N'avait-il pas publié, il y a quelques années, un ouvrage pornographique intitulé Deux Français sur trois ? Aujourd'hui, il bouleverse les codes du roman d'amour, avec La Princesse et le Président (Editions de Fallois-XO), audacieuse composition qui envoie directement aux oubliettes cette Princesse de Clèves à laquelle Nicolas Sarképi n'a jamais trouvé le moindre intérêt. Valéry Giscard d'Estaing devrait tout naturellement recevoir dans quelques semaines le Prix Goncourt. Selon Boris Vian « Goncourt est la déformation de concours par gâtisme. »
Nous aurons eu à Mendrisio de bonnes nouvelles d'Hasparren : Romain Sicard remporte le championnat du monde sur route Espoirs. Cela faisait quelques années que nous guettions l'arrivée sur nos terres d'un costaud du braquet. Le guet, c'est terminé : Romain roule. Et roule en tête. La Subida al Naranco, c'est lui. Le plateau de Beille en solitaire, c'est lui. Le Tour de l'Avenir, c'est lui. Et le maillot arc-en-ciel, c'est donc lui. Désormais, il est Pro, et défend une couleur qui, à Pau, nous est chère : l'orange. Nous oublions volontiers que l'orange est la couleur de l'Equipement dont les gougnafiers ont construits un rond-point dans l'Aubisque. Nous savons seulement que l'orange maillot de Romain est celui de l'équipe Euskaltel-Euskadi. C'est le maillot des grimpeurs, le maillot d'Iban Mayo, ou de Roberto Laizeka gagnant en 2001 la 14eme étape du Tour au sommet de Luz-Ardiden. La montagne, je m'en souviens, était cette année-là couverte de T-shirts orange et d'ikurriña. Oui, Luz-Ardiden était orange, une orange épinglée au costard du ciel. Nos pots de peinture sont prêts : que Romain débarque sur le Tour, et nous inscrirons son nom en lettres géantes dans les portions les plus dures des cols !
Christian Laborde
http://www.christianlaborde.com
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