chroniques
© a. winehouse eurockéennes 2007 d'après une oeuvre originale de rama, licence cecill & creative commons 2.031 mars 2010
« Bastingage » est la chronique de Christian Laborde, écrivain, publiée chaque mois sur le site Internet de la ville.
Place d'Espagne, assis sur un siège pliant, un accordéoniste joue La Paloma. Mon père la fredonnait, dans la cuisine, en préparant le pot au feu. Le pot au feu, il le réussissait. Quant à La Paloma, il prenait quelques libertés avec les paroles de ce tube planétaire interprété par Marias Callas, Dean Martin, Placido Domingo, ou encore Julio Iglesias.
Tube : d'où sort-il ce mot désignant une chanson qui cartonne ? De la bouche de Boris Vian, auteur avec Henri Salvador de l'inoubliable « Blues du dentiste ». C'est ce que l'on apprend en feuilletant Les Miscellanées de la Chanson française que Bertrand Discale publie aux Editions Fetjaine( 378 pages, 13,90 euros). Le mot tube, dans cette acception, succède au mot « scie », et au mot « saucisson », ce dernier datant des années 40. Le « saucisson », on le devine, est une chanson qui, parce qu'elle marche, nourrit son auteur.
Tube : le rêve, avoué ou non, de tout chanteur. Faire un tube, c'est investir toutes les radios, tous les plateaux, et toucher tous les coeurs. Y a-t-il une recette ? Non ! Il y en a pour le saucisson, notamment à Lyon, mais il n'y en a pas pour les tubes. Parfois quelques mots suffisent, des mots entendus au coin de la rue, sans prétention, aussi délavés que nos jeans. Vous prenez quelques-uns de ces mots roturiers, par exemple : « môme », « lunette de soleil », « magazine », « Créteil », « usine », vous les disposez sur le papier, les nappez de quelques notes entre valse et java, et vous obtenez ceci :
« Ma Môme, elle joue pas les starlettes
Elle met pas de lunettes
De soleil
Elle pose pas pour les magazines
Elle travaille en usine
A Créteil.... »
C'est d'une simplicité enfantine, un truc ultra-fluide et qui parle : c'est Jean Ferrat, en 1960. Il n'avait pas de recette, juste du talent, Ferrat. Depuis qu'il est mort, une montagne a la larme à l'oeil : séchons la nôtre !
Mon ami Jérôme Leroy doit fredonner des chansons. Il aime beaucoup la musique, sa préférence allant à « Amy Winehouse et au bruit des rafales de fusils mitrailleurs fauchant les capitalistes au petit matin. » Un vrai mélomane, mon Jérôme. Et un très grand concertiste qui joue d'un instrument fabuleux : la langue française. Il publie, aux Editions de La Table ronde, un nouveau recueil de poèmes. Son titre : « Un dernier verre en Atlantide ». Son prix : 14 euros. Ce recueil, il vous le faut, je vous le dis. C'est pas tous les jours que l'on peut poser son pied sur les sables de l'Atlantide, ce continent dont les géographes sont incapables de dresser la carte et dont les Agences de voyages ignorent jusqu'à l'existence. De ce continent qui a été réellement le nôtre, Leroy nous fait visiter les endroits les plus secrets, les tavernes dans lesquelles il nous sert des demis de mots. En plus, on entend chanter Amy Winehouse, et Dieu que cela fait du bien ! Ecoutez-la, et surtout écoutez Leroy, défoncé à l'azur et recueilli comme un communiant, réciter sa prière à Amy :
« Notre Amy qui est dans les charts,
que ton nom d'alcoolique soit sanctifié,
que ton règne soul arrive,
que ta volonté soit faite à notre table et dans nos pieux,
donne-nous aujourd'hui notre coke quotidienne,
ne nous pardonne rien car nous sommes impardonnables,
soumets-nous à toutes les tentations
et délivre-nous des tyrans du Bien,
Délivre-nous de tout Bien,
Amy car c'est à toi
qu'appartiennent le groove, la puissance et la défonce
pour les siècles des siècles. »
Sa prière récitée, Leroy ne dit pas amen : c'est le lecteur qui le dit. Lisez Leroy, régalez-vous.14 euros le festin syllabique : c'est donné. Sarképi vous ayant tout pris, vous n'avez pas les 14 euros : débrouillez-vous, mendiez, éventrez un tronc, et lisez Leroy !
Une question : Le Tour de France, c'est quand, c'est où? C'est en juillet, à Pau. Mais Pau, cette année, c'est plus, c'est mieux ! En effet Le Tour de France sera dans la ville, pour les miochones et les miochons, au Stade Tissié, avenue Gaston Lacoste, le 16 et 17 avril, de 10h à 18h. C'est l'opération « Cycloparc ». Des stands, des jeux, des émotions, des animations : que du gâteau ! Et comme il n'y a pas de gâteau sans cerise, Gilbert Duclos-Lassalle, deux fois vainqueur de Paris-Roubaix – total respect ! - sera sur les stands. Il répondra aux questions des miochones et des miochons, et de tous ceux qui le redeviennent dès que Miguel Indurain revêt le maillot jaune au sommet de Val Louron. Indurain : total respect !
Christian Laborde
http://www.facebook.com/pages/Christian-Laborde/336186326409
http://www.christianlaborde.com
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