chroniques
© ville de pau27 avril 2010
« Bastingage » est la chronique de Christian Laborde, écrivain, publiée chaque mois sur le site Internet de la ville.
Du Commerce ou du Progrès, de l'Amitié ou de l'Avenir, les bistrots ont souvent des noms pouraves, affligeants de banalité.
Il est, à l'entrée de Pau, à Gelos très exactement, 2, rue des 3 Frères Laborde, un bar dont le nom intrigue: « Bar de l'Heure fixe ». C'est sans doute le seul bar au monde à s'appeler de la sorte. Etrange nom que ce nom-là. Mais tout est étrange à cet endroit, à commencer par le nom de la rue elle-même. Comment peut-elle s'appeler rue des 3 Frères Laborde alors qu'avec mon frangin nous ne sommes que deux ? Oublions ce mystère, concentrons-nous sur le bar.
Donc « Bar de l'Heure fixe ». Cette « heure fixe » inscrite sur la façade claque un peu comme un rappel à l'ordre. Celui qui a ouvert le rade et en a choisi le nom était sans doute un militaire, un gars de la coloniale qui, lassé des bourlingueries sanglantes, aura déposé, au pied du Château, son barda et ses souvenirs, mais conservé son souci de l'exactitude : l'heure, c'est l'heure. Celle d'ouverture aura été fixée une fois pour toutes par le proprio et sans palabres. Mais qu'en est-il de l'heure de fermeture ? On imagine mal le tenancier dicter sa loi. L'heure de fermeture est tout sauf une heure fixe. C'est au contraire une heure flottante, dépendante de l'agitation qui règne aux abords des becs à pression. L'heure de fermeture appartient aux clients, lesquels ne consultent jamais leurs montres et n'ont aucun regard pour l'horloge fixée au mur. Au « Bar de l'Heure fixe », comme dans tous les bistrots de la terre, ce ne sont pas les aiguilles, petites ou grandes, qui causent et décident: ce sont les piliers de bar. Et eux ne sont pressés ni de sortir, ni de se taire. Ils sont d'ailleurs intarissables. Et ce qu'ils disent mérite parfois d'être retenu, noté, archivé. Leurs meilleures saillies, leurs pensées les plus profondes, on les retrouve dans les « Brèves de comptoir » de Jean-Marie Gourio. En voici une pour la route : « La seiche a qu'un os, quand elle se le casse, elle est dans le plâtre jusque-là. » Une autre, une autre, une autre ! OK, en voici une dernière, entendue peut-être au bar de l'Heure Fixe : « Quand il gèle à pierre fendre, dans les squares, ça écarte les fesses des statues. »
C'est à heure fixe que je rejoins, avec mon ami le jazzman Francis Lassus, la chapelle des Réparatrices. Nous y répétons « Je me souviens du Tour », spectacle que nous donnerons en juillet à Pau. Il s'agit de vélociférations, 14 vélociférations évoquant des grands moments pyrénéens du Tour. Lassus est à la batterie, je suis à la salive. Estimant qu'il nous fallait une bonne sono, le groupe Okploïde est venu, un après-midi, nous en installer une alors que nous vélociférions sur Jean Robic. Donc, chez les Réparatrices, un jazzman, des punks et des mots ultra chauds : un délicieux cocktail catholique ! Pour rejoindre les Réparatrices nous traversons le Parc Beaumont, nous passons devant le fourgon blanc de monsieur Montecón qui, fidèle au poste, continue de régaler de glaces les mômes qui font du vélo autour du kiosque à musique. Nous échangeons quelques mots sur la batterie de Lassus, sur les glaces, et sur notre spectacle sur le Tour. Monsieur Montecón veut savoir si, sur scène, nous parlerons de l'idole de son père : Federico Martin Bahamontes. Bahamontes est bien dans le spectacle avec son surnom : « L'aigle de Tolède ». Bahamontes qui, s'exclame, admiratif, monsieur Montecón, pouvait s'arrêter au sommet d'un col et déguster une... glace. C'est parfaitement exact. En 1954, lors de l'étape Lyon-Grenoble, Federico Bahamontes, après avoir lâché tous ses rivaux, arrive au sommet du col de Romeyère, s'arrête et, cool de chez cool, déguste une glace. A la vanille.
Christian Laborde
http://www.facebook.com/pages/Christian-Laborde/336186326409
http://www.christianlaborde.com
imprimer l'article
recommander l'article
chroniques
et aussi...

TALLEYRAND, DERNIERES NOUVELLES DU DIABLE, par Emmanuel de Waresquiel, Docteur en Histoire. en savoir plus
Dernières vidéos en ligne : Le patrimoine linguistique béarnais, Rencontre entre les joueurs de la Section et des enfants du quartier Saragosse, Les acteurs du territoire Béarn et Bigorre pour la desserte LGV, Installation de la deuxième promotion du Conseil Local des Jeunes, Le centre culturel espagnol de Pau... en savoir plus