chroniques
© francis lassus par fernand fourcade01 juin 2010
« Bastingage » est la chronique de Christian Laborde, écrivain, publiée chaque mois sur le site Internet de la ville.
Le soleil généreux et le vent délicat qui ont leurs habitudes à Pau où ils s'installent volontiers dès le mois de mai, ne semblent guère pressés de nous retrouver. Si le soleil peine à percer, c'est à cause de la pollution, et des fumées que crache le volcan islandais. Tel est l'avis des météorologues qui scrutent l'azur à longueur de journée. Mais ces experts qui, s'agissant du soleil, en connaissent un rayon, n'ont pas le commencement d'une explication à propos du bon vent qui nous fait faux bond. Moi, je le connais bien, Eole. C'est un dieu facétieux : plus souvent de face que dans le dos lorsqu'on avale les départementales sur un vélo Bianchi, ou Pinarello. C'est aussi un dieu amoureux. Ce qu'il aime par-dessus tout, Eole, c'est glisser ses doigts invisibles dans les cheveux des filles. Il se tient à l'angle des rues, sur les zones bétonnées entre les immeubles et, dès qu'une femme sort d'un hall maculé de tags ou d'un porche tapissé d'ombre, il s'approche d'elle et loge ses doigts dans ses mèches. Et leur légèreté le grise ! Et leur parfum où se mêlent, nous dit Baudelaire, le coco et le musc, l'enivre ! Oui, le vent, vient chez nous pour la chevelure des filles. Et s'il ne vient plus, c'est que leurs si beaux cheveux sont devenus inaccessibles, disparaissent sous un voile intégral. Les religions font du mal aux femmes et de la peine au vent.
Juin déboule et, dans les arènes, le sang des taureaux coule. Comment regarder, aujourd'hui, ce divertissement sanglant qui n'est, comme l'indique le T-shirt que m'ont offert mes amis d'Okploïde, ni un art, ni une culture ? Peut-être faut-il, ici, donner la parole à Théodore Monod, ce naturaliste, ce philosophe qui parlait peu et cherchait dans le désert le visage de l'homme. Théodore Monod écrit: « La corrida est le symbole cruel de l'asservissement de la nature par l'homme. »
Avec Francis Lassus, nous vélocifèrons à fond les ballons. Après avoir répété notre spectacle de juillet, Je me souviens du Tour, dans la chapelle des Réparatrices, nous avons trouvé refuge, pour une seconde session de répétitions, dans les locaux de « Pau Concert Production », rue Amédée Roussille. C'est donc le quartier du Quatorze juillet qui héberge nos sons et nos mots. Quel quartier chaleureux ! C'est chaud, au pied du château, et les magrets de monsieur Phong, au restaurant La Gondole, sont délicieux. Comme il sait que nous répétons et que nous avons besoin d'énergie, Monsieur Phong nous sert copieusement de l'Armagnac. Et tout de suite, nous avons le bon tempo ! Et tout de suite les tambours de Lassus et mes vélocipédiques syllabes s'en donnent à coeur-joie : Go, Lance, go !
Christian Laborde
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