chroniques
© ville de pau06 septembre 2010
« Bastingage » est la chronique de Christian Laborde, écrivain, publiée chaque mois sur le site Internet de la ville.
Septembre est là. Et la rentrée aussi. Elle nous interdit de profiter de la douceur de ce mois qui demeure peut-être le meilleur de l'année. Oui, c'est la rentrée, et prendre son temps ou le perdre est désormais impossible. Les voitures sont de nouveau hargneuses, et les sens interdits paraissent plus nombreux, plus énormes que durant l'été. On dit volontiers de Pau qu'elle est une ville fleurie. Mais l'on omet de préciser ceci : la fleur qui pousse le mieux à Pau, fleur persistante, rouge comme un coquelicot et dotée en son centre d'un pistil blanc et horizontal, c'est le sens interdit. Je ne cache pas mon envie de débarquer, une nuit, l'arrosoir à la main et de verser au pied de ces fleurs rouges qui se rient du vent et du gel, de copieuses rasades d'un désherbant ultra-nocif, chimique à mort. Ce qui me retient, c'est la peur de tomber, soit sur la police sur-vitaminée de monsieur Boutefeu qui s'empresserait de me placer en garde à vue, soit sur une escouade d'écologistes très remontés qui, toute la nuit, me feraient la morale. Des mecs de la rue O'Quin s'appliquant à me tirer les vers du nez, ou de Verts qui m'auraient dans le nez, qui craindre le plus ? Je l'ignore. C'est pour cela sans doute que je reste chez moi, contemplant la nuit, fumant une cigarette tout droit sortie de Bbh75, le meilleur album de Jacques Higelin :
« Je suis amoureux d'une cigarette
Elle a la rondeur d'un sein qu'on mord ou qu'on tète
Hey Jenny Y aura une taf' pour toi
Si tu penses à mon paquet d'gris
Magne-toi car j'ai bientôt fini
De tirer sur ce satané vieux mégot.... »
http://www.youtube.com/watch?v=fpuVTzeXzMY
J'ai découvert la poésie de Gaston Massat, à Toulouse, rue du Taur, dans la librairie La Bible d'or que tenait Monsieur Ousset. J'étais étudiant. J'aimais cette librairie qui malheureusement n'existe plus. Au rez-de-chaussée se trouvaient les romans. Pas n'importe quels romans, Monsieur Ousset refusant de vendre ceux qu'il n'aimait pas ou qu'il jugeait « peu littéraires ». Aux étudiants ou aux passants qui lui demandaient le dernier ouvrage à succès, il répondait : « Désolé, je ne vends pas ça. Allez donc voir chez Castella, ils ont tout... » Au rez-de-chaussée de la librairie de monsieur Ousset, on était sûr de trouver Ernst Jünger et Julien Gracq. Le premier étage, auquel on accédait par un escalier en colimaçon, était réservé à la poésie. Et c'est là, dans cette librairie, au premier étage, qu'un après-midi de janvier j'ai lu Gaston Massat. J'entends encore la voix de monsieur Ousset : « Prenez-le...Vous me paierez quand vous serez professeur. » Gaston Massat. Il aura eu dans sa vie deux engagements : le surréalisme et la Résistance. Et sa voix nous revient aujourd'hui, les excellentes Editions Le Pas d'Oiseau ( http://www.lepasdoiseau.com ) publiant sous le titre Voici ma voix, les recueils, les poèmes de Massat que je lisais à Toulouse. Le livre coûte 17 euros, compte 129 pages, et Simon Brest signe la préface. Et voici ce qu'il écrit à propos de ces poèmes : « Leur voix nous accompagne, comme le ferait une comptine : sans âge, sans nom avec des plages d'inconnu. Sur le long trajet des humains, c'est une pierre que chacun serre dans sa main, tel un précieux berceau de langue. »
Je relis Gaston Massat, septembre est sauvé.
Christian Laborde
http://www.facebook.com/pages/Christian-Laborde/336186326409
http://www.christianlaborde.com
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