11 avril 2020
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1 jour, 1 œuvre : Jacques Monory (Paris 1934 )

" Meurtre NO VIII ", 1968, acrylique sur bois et plexiglas, 65 x100 cm

Nom
Jacques Monory (Paris 1934 )

Adresse
Musée des Beaux-Arts de Pau, Rue Mathieu Lalanne, Pau, France

Tarifs
Gratuit

MONORY-2004-complet

Œuvre appartenant à la série des meurtres, initiée par l'artiste en 1968, ce tableau, peinture à l'acrylique sur bois et panneau de plexiglas troué par des tirs à balles réelles, répond remarquablement à l'impressionnante " Fin de Madame Gardénia " (1964–1966), audacieuse acquisition de Philippe Comte en 1970. A la faveur de cette troisième œuvre qui intègre le fonds palois, Jacques Monory est désormais, avec Henri Cueco, l'autre grand nom de la Figuration Narrative du Musée des Beaux-Arts.

Après s'être aventuré, au cœur des années 50, dans la peinture abstraite, et avoir instinctivement expérimenté une monochromie largement utilisée par la suite, Monory, inspiré par le Pop Art américain, revient au début des années 60, à la réalité de son époque, de son environnement et de ses références. En effet, le cinéma, la bande dessinée et la photographie deviennent les supports de sa production. Par chapitres successifs, il aborde les grands thèmes de son œuvre. Ainsi, dans une palette presque essentiellement composée de bleus, " Meurtres " (1968), " Visages " (1970), " New-York " (1971), " Opéras glacés " (1975) ou encore " Technicolor " en 1977, sont des séries exécutées comme des fragments d'images qui composent un scénario.

L'artiste, personnage récurrent de sa propre peinture, n'hésite pas à se représenter, parfois en victime ou plus fréquemment une arme à la main en « flingueur patenté ».

Dans " Meurtre no VIII ", le peintre, par l'aspect aseptisé de ce salon de coiffure aux allures de bloc opératoire, crée un climat mystérieux qu'il accentue par des jeux de miroirs. Les impacts, comme autant de balles perdues après la fusillade, ajoutent un trouble à ce décor. Théâtre d'un crime crapuleux ou règlement de comptes, Jacques Monory, dans ce meurtre sans cadavre, fait planer la mort, véritable source de fascination et protagoniste de son œuvre. Traitée dans une obscurité artificielle, il ajoute, à travers cette lumière coupable, comme un artifice supplémentaire, un sentiment de clandestinité et de soupçon. En scénarisant ainsi son œuvre à la manière d'un polar, il parvient, comme au cinéma, à muer un lieu banal en une atmosphère angoissante.

Sans doute parce qu'il a été, en abordant la Nouvelle Figuration, peintre et témoin d'une civilisation moderne et urbaine où la réalité n'était pas une fable séduisante, Jacques Monory, qui s'est abondamment mis en scène dans ses tableaux, a construit son œuvre comme un récit, comme un auteur de roman pourrait construire sa vie.

Notice réalisée par DV

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