19 novembre 2020
  • Partager

Chronique d'un montage d'exposition au musée des Beaux-Arts

L'exposition temporaire "Ici commence le chemin des montagnes" au musée des Beaux-Arts de Pau

Nom
Chronique d'un montage d'exposition au musée des Beaux-Arts

Adresse
Musée des Beaux Arts, Rue Mathieu Lalanne, Pau, France

Téléphone
05 59 27 33 02

Tarifs
Entrée gratuite - port du masque obligatoire

Horaires
Du mardi au dimanche de 11h à 18h

Au commencement...

Marie-et-Bertrand

On se fait généralement du musée l’idée d’un lieu calme et silencieux, à parcourir de salle en salle pour y (re)trouver des œuvres installées ici pour toujours. C’est oublier les expositions temporaires qui proposent régulièrement de nouveaux accrochages pour renouveler le plaisir de la visite selon différentes thématiques.

En cet automne 2020, l’équipe du musée des Beaux-Arts de Pau propose d’entrer en Paysages, en s’appuyant sur une phrase qui résonne dans cette ville avec une évidence particulière : «Ici commence le chemin des montagnes.»

Il y a (déjà) plus de deux ans, que la Direction des musées a pris la décision de s’associer, aux côtés de la Maison de la montagne, du Bel Ordinaire, espace d’art contemporain de la Communauté d’agglomération Pau Béarn Pyrénées, du Musée pyrénéen de Lourdes et du Frac-Nouvelle Aquitaine-MÉCA, au programme inter-régional d’expositions qui s’est fixé l’objectif d’interroger la montagne par l’art, et réciproquement.

Le projet, qui n’était au départ qu’une intention, a lentement pris forme dans un dialogue entre l’équipe du musée et les deux commissaires : Marie Bruneau et Bertrand Genier (en photo ci-contre), invités à concevoir l’exposition.

Passé un premier temps d’arbitrage entre le souhaitable et le possible, qui a permis de choisir des œuvres que l’on présenterait, on a pu commencer à rêver à leurs rencontres et imaginer un parcours dans les espaces du premier étage.

Photo droits réservés - Marie Bruneau, Bertrand Genier.

J. – 120 Logistique

Les intentions précisées, il est temps d’établir le contact avec les différents prêteurs (artistes et collectionneurs publics et privés) pour s’assurer de la disponibilité de chaque œuvre aux dates prévues, obtenir les accords de prêt, et convenir des dates d’enlèvement et de retour. Les transports, regroupés en tournées géographiquement cohérentes, seront pour certains assurés par le personnel du musée. Mais avant cela, il faudra finaliser les contrats de prêts, puis à assurer de clou à clou – selon l’expression consacrée – les œuvres présentées dans l’exposition…

J – 90 Animation, médiation

ici

Aucun musée ne songe aujourd’hui à ouvrir une exposition sans un accompagnement adapté à des visiteurs très différents par leur âge, leur situation et leur plus ou moins grande familiarité avec ce type d’établissement. On pense immédiatement aux scolaires, mais le musée fait en sorte d’ouvrir aussi ses portes en direction des publics dits "empêchés", car éloignés de la vie culturelle : personnes atteintes de déficience mentale en soins à l’hôpital psychiatrique de Pau, personnes en situation de grande précarité, ou de grande solitude, etc. Les médiateurs culturels du musée sont ici en première ligne pour imaginer différents types de rencontres.

Le monde de l’enseignement – de la maternelle à l’université –, a ses propres règles, et rien, dans ce domaine, ne peut se faire à la dernière minute : il s’agit, dans certains cas, de coconstruire une séquence de visite en liaison directe avec le projet pédagogique d’un enseignant, dans d’autres d’inscrire la future exposition dans la trame des "fiches actions" élaborées par l’Éducation nationale.

Le musée reçoit aussi des familles, et pour que chacun puisse vivre pleinement ce moment, les médiateurs proposent aux enfants d’être actifs et de suivre pas à pas la visite de l’exposition à travers les pages d’un livret-jeu qui stimule leur curiosité.

Il s’agira enfin d’imaginer plusieurs temps forts qui vont rythmer les trois mois de la durée de l’exposition temporaire, et en relancer l’intérêt à travers l’organisation de conférences, performances, rencontres, ou moments festifs.

Pas si simple, dans la période d’incertitude que nous traversons…

Photo droits réservés - Marie Bruneau, Bertrand Genier.

J. – 60 Dans les réserves

choix-d-oeuvres-2

Le musée dispose d’une base de données numériques, très utile pour se faire une idée de la "matière" disponible dans les collections. Mais une œuvre ne se réduit pas à sa description, ni même à sa reproduction photographique, et rien ne remplace la visite des réserves. De fait, l’émotion ne naît pas toujours l’endroit où on l’attendait et, en tirant l’une après l’autre les hautes grilles sur lesquelles sont accrochés les tableaux, plusieurs surprises adviennent.

Au détour de ce long feuilletage, l’échange de points de vue et le croisement des regards permettent d’ajuster les choix. Chaque œuvre est évaluée dans sa dimension plastique et sa pertinence par rapport au propos, mais aussi dans sa réalité matérielle, son état de conservation, sa fragilité potentielle. Pour certaines, l’intervention d’un restaurateur apparaît nécessaire, pour d’autres, il faudra prévoir un encadrement, ou un système de fixation…

En photo ci-contre : Aurore Méchain, directrice des musées de Pau, Dominique Vazquez, régisseur des collections et Bertrand Genier, commissaire de l'exposition.

Photo droits réservés - Marie Bruneau, Bertrand Genier.

J. – 31 Accrocher, c’est d’abord décrocher

Voilà que le premier étage du Musée est désormais fermé au public pour un mois. Les œuvres qui étaient présentées ici doivent maintenant réintégrer les réserves pour faire place à la nouvelle exposition. Plusieurs journées seront nécessaires au responsable des collections et au régisseur pour s’acquitter de ce travail invisible, mais qui nécessite pourtant beaucoup de soin et mobilise une attention de chaque instant. Attention, fragile !

J. – 24 Le paysage des paysages

accrochage

Voilà que l’on accroche le premier tableau ! L’action, aussi symbolique que la pose d’une première pierre, ne mobilise pas moins de quatre personnes, car celui-ci est de grand format, avec un cadre très lourd, et qu’il faut placer très haut. D’autres peintures viendront progressivement composer, sur les cimaises de cette première salle, une sorte de fresque née de la rencontre de peintures de paysage, d’époques et de styles très différents.

Photo droits réservés - Marie Bruneau, Bertrand Genier.

J. – 19 Premiers signes

com

Voilà que s’échappent, de la façade sur la rue Mathieu Lalanne, les mots de Victor Hugo, Paul Klee et Rainer-Maria Rilke… Mis à contribution pour l’occasion, le service signalétique du centre technique municipal a dépêché deux personnes. L’affaire est rondement menée. Ne reste plus qu’à offrir un petit café (pour la route) aux deux messieurs, et à leur dire un grand merci !

Il faudra ensuite le renfort de la cellule événementielle pour compléter l’annonce de la future exposition par deux grandes images, qu’il s’agit maintenant d’accrocher sur la façade.

Alors que dans les salles, rien n’est encore prêt, ces premiers signes parlent déjà, à l’interface entre la ville et le musée, comme un avant-goût de ce qui vient.

Il revient maintenant au responsable de communication de veiller à la bonne réalisation et diffusion de l’ensemble des supports annonçant la future exposition : affiches, dépliants, communiqué de presse, communication numérique, etc.

Photo droits réservés - Marie Bruneau, Bertrand Genier.

– 15 à J. – 10 Déballer

convoiement

Voilà que plusieurs camions chargés de précieux colis en provenance de Barcelone ou de Huesca, d’Ivry, Rennes ou Evreux, de Toulouse ou de Bordeaux, de Lembeye, Orthez, Peyrehorade ou Pau… s’annonce sur le quai de déchargement. De là, les paquets sont transférés jusqu’au premier étage, où l’on va procéder à leur déballage. Chaque œuvre qui entre dans le musée fait alors l’objet d’un examen minutieux pour établir un constat de son état, de manière à éviter tout malentendu, en informant le prêteur de la moindre dégradation qui n’aurait pas été signalée à l’avance.

Mais ce qui survient sans crier gare, c’est l’émotion. Qu’elle soit partagée entre les personnes présentes ou que chacun la garde pour soi, personne n’en est à l’abri ! Car il n’est pas besoin de longues explications pour ressentir intimement, comme un cadeau, la présence soudaine d’une œuvre que l’on ne connaissait que par reproduction interposée. Elle est là, et cela suffit.

Photo droits réservés - Marie Bruneau, Bertrand Genier.

J. – 8 Dernière ligne droite

Avant que les personnes chargées de l’accueil ne puissent annoncer – avec un grand sourire, – que l’exposition est ouverte, il reste encore tant de choses à faire !

Positionner les vitrines dans lesquelles seront présentées quelques précieuses archives – dont plusieurs flores et livres anciens en provenance de la Bibliothèque patrimoniale ; rédiger les cartels pour chacune des 160 œuvres présentées ; calibrer l'éclairage dans toutes les salles, récupérer les documents à destination du public (flyer, livret-jeu...), coordonner les visites en avant-première (en raison de la crise actuelle, il n’y aura pas de vernissage, ce qui n’exclut pas de recevoir les journalistes ni d’inviter les prêteurs et les partenaires pour une première découverte de l’exposition), mais aussi toute une foule de petits détails pour s'assurer que l'on puisse admirer la montagne au musée.

Jour J

Enfin, tout est prêt !

Que d'émotions de pouvoir se perdre dans les salles du musée. Ici, tous nos sens sont en éveils. On découvre le regard d'artistes et leur amour de la montagne où la si discrète et précieuse faune sauvage côtoie la délicatesse des végétaux. Mais aussi le charme et la puissance du minéral subtilement façonné par le temps et l'eau omniprésente. Ici commence véritablement le chemin !

Photo droits réservés - Marie Bruneau, Bertrand Genier.

10 photos

En savoir plus

Rencontre avec une passionnée, Marie Bruneau : faire de l'art en marchant et faire de la marche un art.