02 mars 2021

Eloquence, les discours qui ont marqué l'Histoire #3

Nouvelle semaine de découverte, avec au programme un discours sur l'abolition de la peine de mort.

Nom
Eloquence, les discours qui ont marqué l'Histoire #3

Adresse
CENTRE SOCIAL DU HAMEAU - VILLE DE PAU, Rue Monseigneur Campo, Pau, France

Tarifs
Cotisation annuelle : 10€

Adresse email
eloquence@ville-pau.fr

Robert Badinter sur l'abolition de la peine de mort - 1981

Le 17 septembre 1981, Robert Badinter, alors garde des Sceaux et ministre de la Justice, demande à l'Assemblée nationale l'abolition de la peine de mort en France. Elle est abolie le 9 octobre 1981. La France devient ainsi le 36ème état à adopter cette mesure.

Extrait

Je regarde la marche de la France.

La France est grande, non seulement par sa puissance, mais au-delà de sa puissance, par l’éclat des idées, des causes, de la générosité qui l’ont emporté aux moments privilégiés de son histoire.

La France est grande parce qu’elle a été la première en Europe à abolir la torture malgré les esprits précautionneux qui, dans le pays, s’exclamaient à l’époque que, sans la torture, la justice française serait désarmée, que, sans la torture, les bons sujets seraient livrés aux scélérats.

La France a été parmi les premiers pays du monde à abolir l’esclavage, ce crime qui déshonore encore l’humanité.

Il se trouve que la France aura été, en dépit de tant d’efforts courageux l’un des derniers pays, presque le dernier - et je baisse la voix pour le dire - en Europe occidentale, dont elle a été si souvent le foyer et le pôle, à abolir la peine de mort.

Pourquoi ce retard ? Voilà la première question qui se pose à nous.

Ce n’est pas la faute du génie national. C’est de France, c’est de cette enceinte, souvent, que se sont levées les plus grandes voix, celles qui ont résonné le plus haut et le plus loin dans la conscience humaine, celles qui ont soutenu, avec le plus d’éloquence la cause de l’abolition. Vous avez, fort justement, monsieur Forni, rappelé Hugo, j’y ajouterai, parmi les écrivains, Camus. Comment, dans cette enceinte, ne pas penser aussi à Gambetta, à Clemenceau et surtout au grand Jaurès? Tous se sont levés. Tous ont soutenu la cause de l’abolition. Alors pourquoi le silence a-t-il persisté et pourquoi n’avons-nous pas aboli?

Je ne pense pas non plus que ce soit à cause du tempérament national. Les Français ne sont certes pas plus répressifs, moins humains que les autres peuples. Je le sais par expérience. Juges et jurés français savent être aussi généreux que les autres. La réponse n’est donc pas là. Il faut la chercher ailleurs.

Pour ma part j’y vois une explication qui est d’ordre politique. Pourquoi?

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