21 mai 2020
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Franchir Les Murs : focus sur le graffiti et le street art

Le festival Franchir Les Murs met le graffiti et le street art à l'honneur. Focus sur l'histoire de ces champs artistiques contemporains, nés de la rue.

Première partie ! Le Festival "Franchir les Murs" débute et sera mis en ligne dans son intégralité d'ici la fin du mois de mai. Nous vous proposons malgré tout d'en profiter d'ores et déjà. Les nouvelles publications sont à découvrir en cliquant sur le tag bleu "Festival Franchir les Murs", situé sous le moteur de recherche en Home du site.

Il s’agit d'une forme d’art réalisé dans la rue ou dans les endroits publics, englobant diverses méthodes telles que le graffiti, les pochoirs, les stickers, les posters, les installations, etc... C'est principalement un art éphémère, un reflet de notre société. Car l'art d'aujourd'hui s'est déplacé de l'objet spécialisé en galerie vers l'environnement urbain réel !  

Il reflète parfaitement l’esprit de notre temps... Tout comme l'art rupestre réalisé par l'Homme sur des parois de grottes, ce sont des représentations picturales primordiales qui parsèment l’univers visuel des grandes cités. On en retrouve sur les murs, les trottoirs, les rues, dans les parcs ou sur les monuments. 

Bien que le street art ne soit pas toujours "légal", sa valeur artistique est incontestable. Les artistes perçoivent tout simplement l’environnement comme étant une vaste et vierge toile des plus inspirantes.

Un mouvement mondial, entre art et activisme

Aujourd’hui largement mieux connu du public, le street-art est observé de parts et d’autres de la planète. C’est le cas notamment de Berlin, Lisbonne, Melbourne, Sao Paulo, Djerbahood (Tunisie), le Iwha mural Village (Séoul), Fanzara "M.I.A.U : Museo Inacabado de Arte Urbano" (Espagne) ou encore le 13ème arrondissement de Paris... Ces lieux sont, pour des raisons nébuleuses, les endroits les plus prolifiques de l’art de la rue. On peut y observer plusieurs chefs d'œuvres d’envergure qui sont à couper le souffle.  

Cela dit, tous les murs de toutes les villes du monde peuvent devenir le canevas parfait pour un street-artiste ! Toutes les grandes villes ont gouté à la médecine du street-art et sont souvent la scène de projets gigantesques, alliant activisme et contestation.  

L’art urbain s’est peaufiné avec le temps. Du simple graffiti, il est devenu grandiose par l’utilisation et la juxtaposition de diverses techniques, de matières insolites et est plus engagé que jamais. Plusieurs collectifs ont vus le jour au cours de la dernière décennie, réunissant une grande variété d’artistes (designers, photographes, pochoiristes, peintres, graffeurs, etc.), leur mission est très précise.  Ils s’emploient à réunir art et activisme. Responsables d’une multitude d'œuvres sous forme d’affiches, de graffitis, de gravures et de peintures, ils frappent droit au but pour faire réfléchir et réagir.

"Bien sûr, c'était un cri, un hurlement qui venait de la rue. En faisant ça, nous devions dire quelque chose, et ce fut notre déclaration." Coco 144 

Le graffiti traditionnel, ancêtre du street-art

La principale distinction avec le graffiti "traditionnel" est que les artistes urbains n'ont pas systématiquement recours à la lettre (comme c'est le cas dans le "writing américain") et à l'outil aérosol. Les buts sont variés: dans le cas du graffeur, il s'agit principalement d'apposer son nom ou "blaze" ; le writing ou lettrage est considéré comme l'ancêtre du street art. 

Le graffiti fait son entrée aux États-Unis à la fin des années 1960. Apparu dans les quartiers des grandes métropoles pour exprimer des revendications de la communauté afro-américaine, l'acte de vandalisme qu'est le graffiti, se mue en phénomène de masse dans le no man's land qu'est alors le  South Bronx à New York, c'est la naissance de l'aérosol art, le bumbing, avec ses stars comme Julio 204, Cloud 160, Phase II, Taki 183, Che 159...   

Les murs des périphéries, les stations de métro, les trains de banlieue deviennent vite un capharnaüm calligraphique où la véritable identité des artistes ou des "crews" est cachée derrière le signe crypté qu'est le blaze ou tag. Les murs deviennent donc un véritable média social, un lieu de rencontre, d'affirmation, d'affrontement parfois et surtout un espace d'exhibition.

De l'anonymat à une reconnaissance internationale des street-artistes

Des petits tags envahissants de la fin des années 1960, on arrive en quelques années aux masterpieces, aux chefs-d'oeuvres de plus en plus gigantesques et sophistiqués avec une recherche purement stylistique d'artistes tels que Super Kool 223 ou de Priest 167... donnant naissance à de véritables stars du graffitisme : Keith Haring, Basquiat, Futura 2000, A-One... Dans le cas du street-art, il s'agit d'une image, d'une signature visuelle, quelle que soit la méthode.  

Les année 1990 sont le carrefour entre le graffitisme et ce mouvement artistique en plein devenir, profondément et substantiellement différent, le street art (dit aussi art abusif, art urbain ou post-graffitisme). Si l'influence de l'aérosol reste indubitable, d'autres impulsions président à la naissance du mouvement, le front de libération des panneaux publicitaires qui vandalise et ridiculise les images publicitaires des multinationales, le graphisme explosifs de la skate culture, la bande dessinée underground, le caractère tribal du tatouage... 

On peut citer les affiches peintes de Jean Faucheur, les sérigraphies d'Ernest Pignon-Ernest, les pochoirs de Miss Tic, Blek Le Rat ou de Jef Aérosol, les autocollants de Clet Abraham, les collages de Kim Prisu, JR, Invaders, les oeuvres au pinceau de Jérôme Mesnager, OBEY, JonOne, celles à l'aérosol de M. Chat, ou bien encore les photographies d'Antonio Gallego, ou très politique comme Banksy, les illustrations de Cept, le tag contemporain de Revok, les fresques de Buff Monster, Miss Van, Eduardo Kobra, les installations urbaines de Mark Jenkins, Maurizio Cattelan, Clet Abraham ou Isaac Cordal, les interventions urbaines de Pavel 183... 

Le street art est, à bien des égards, un acte par lequel l'intervenant se ré-approprie la ville, une pratique "libertaire" qui tend sans cesse à se dépasser et à se redéfinir.  

"L’art, c’est le plus court chemin de l’homme à l’homme." André Malraux