02 mai 2019
  • Partager

Gurs, 1939-1944 : les dessins de la fondation Elsbeth Kasser exposés au musée des Beaux-Arts

Du 3 mai au 10 juin le musée des Beaux-Arts de Pau présente les dessins réalisés par les internés du camps de Gurs entre 1939 et 1944

Nom
Musée des Beaux-Arts de Pau

Adresse
Rue Mathieu Lalanne, Pau, France

Téléphone
05 59 27 33 02

Tarifs
5€ // Gratuit pour les moins de 26 ans // Entrée gratuite le premier dimanche du mois

Horaires
Le lundi et du mercredi au vendredi : 10h - 12h et 14h - 18h Le samedi et le dimanche : 10h - 12h30 et 14h - 18h

Gurs-visuel-expo

Gurs est l’un des plus tristement célèbres camps d’internement français. La faim et les misérables conditions de vie dans les baraques délabrées minent le corps et l’âme. Dans le vocabulaire de Vichy, c’est un camp «semi-répressif». Pour les internés, c’est tout simplement «l’enfer de Gurs». Ce camp fut construit au printemps 1939 pour héberger les combattants républicains réfugiés d’Espagne. En mai 1940, la plupart d’entre eux sont partis, mais arrivent les «indésirables» (des étrangers ayant fui le nazisme), dont beaucoup sont Juifs. D’octobre 1940 au 31 octobre 1943, où le camp sera dissous, y seront internés environ 18 000 Juifs. 3907 seront déportés vers les camps d’extermination (Auschwitz, Maidanek). Au milieu de cet enfer, des dizaines d’internés dessinent et peignent. La plupart sont des artistes amateurs, demeurés anonymes, qui nous livrent dans leurs dessins parfois malhabiles, des témoignages évocateurs et émouvants. Gurs devient, de 1940 à 1942, un véritable foyer de création artistique qui puise son inspiration dans les réalités de l’internement. Témoignages d’une rare intensité : ces dessins, aquarelles, peintures et lavis représentent tous les aspects de la vie et de la souffrance quotidienne, de l’obsédante clôture de barbelés, à la crasse boueuse du sol, de la solitude dans le silence glacial des chambrées à l’angoisse du lendemain...

Infirmière suisse, elle se fait connaître pendant la guerre civile espagnole par son dévouement auprès des femmes et des enfants victimes des bombardements de l'artillerie franquiste. Pendant l'hiver 1939-40, elle poursuit son action auprès des blessés civils, en Finlande. En décembre 1940, elle réussit à se faire accepter au camp de Gurs. Elle y ouvre la baraque du Secours suisse aux enfants, où elle demeure jusqu’en novembre 1943, partageant volontairement la vie des internés.

Sa baraque, « l'As de cœur », est spécialisée dans l’aide aux enfants internés, mais recueille aussi des jeunes mères et des femmes isolées. Elle les soigne, les occupe, joue avec eux, les aide à lire, les fait dessiner et tente de leur fournir des goûters. Sa bibliothèque au camp se compose de plusieurs milliers d'ouvrages en langue allemande.

Son extrême gentillesse avec tout le monde, internés comme gardiens, ainsi que sa grande beauté détonnent et forçent l’admiration dans ce lieu de misère. C’est pourquoi elle est surnommée « l’Ange de Gurs ».

Amoureuse de l’art, elle reçoit en remerciement de son action plusieurs dizaines de dessins ou de peintures réalisées au camp par des artistes internés. Sa collection, conservée au musée de Zurich, constitue aujourd’hui un extraordinaire et impitoyable témoignage sur la vie au camp.

Cette femme douce, toujours positive et d’une grande énergie, symbolise l’action des ONG à Gurs. Elle répétait sans cesse : « il vaut mieux allumer une lumière que de se plaindre de l’obscurité. »

Après la guerre, bien que traumatisée jusqu’à la fin de ses jours, elle vécu au Danemark et s’efforça de porter secours aux plus démunis. Elle meurt en 1992 à l'âge de 82 ans.

En janvier-février 1939, après la prise de la Catalogne par les Franquistes, un demi-million de Républicains espagnols viennent se réfugier en France. Ils sont entassés sur les plages du Roussillon (Argelès, Saint-Cyprien, etc.). En avril, plusieurs camps d’internement sont créés au nord des Pyrénées pour les « accueillir ». Parmi eux, le plus grand, le camp de Gurs (Basses-Pyrénées). C’est une immense ville de bois. Construite en 42 jours, elle s’étend sur 79 hectares et comprend 382 baraques. Sa capacité d’accueil est de 18 500 personnes (deux fois la population d’Orthez ou d’Oloron)

1939 (printemps et été) : 30 000 combattants de la République espagnole - Le 2 avril sont internés les premiers arrivants : un groupe de Basques espagnols en provenance d’Argelès. Les autres combattants de l’Armée républicaine suivent, pendant les mois suivants : Basques, réfugiés républicains venus de toute l’Espagne, aviateurs, volontaires des Brigades internationales. Au total, 23 577 Espagnols et 6 808 volontaires des Brigades internationales. L’immense majorité d’entre eux quitte le camp à l’automne.

1940 (été) : 12 000 « indésirables » étrangers - A partir de mai 1940, le camp se remplit à nouveau. Les « indésirables » proviennent du nord de la France : femmes d’origine allemande ou autrichienne, réfugiées politiques, Basques espagnols, Mosellanes épouses d’Allemands, Tziganes, Communistes et Pacifistes français, etc. Parmi ces nouveaux internés, quelques célébrités, comme Hannah Arendt. Presque tous quittent le camp au cours de l’été.

1940-1944 : les 18 000 internés juifs étrangers de l’époque de Vichy - Le régime de Vichy instaure l’antisémitisme d’état : statut des Juifs, interdictions professionnelles, étoile jaune, rafles, etc. Les familles juives étrangères sont internées à Gurs, dans un camp qui tombe en ruine. Parmi elles, 6 538 hommes femmes et enfants provenant du Pays de Bade. Un millier d’entre-eux meurt au camp. La plupart des autres sont déportés, entre août 1942 et février 1943, vers les camps d’extermination (Auschwitz, Maïdanek). 3 907 partent directement de Gurs. Aucun ne reviendra. Gurs symbolise alors la complicité dans un crime contre l’humanité, c’est-à-dire la Shoah.

Le camp, du moins ce qu’il en reste, reprend du service à la Libération (août 1944) pour y enfermer quelques milliers de « petits collabos ».

Il est finalement fermé le 31 décembre 1945.

D’août 1942 à février 1943, six convois de déportation partent de Gurs « vers une destination inconnue ». Ils transportent 3 907 hommes, femmes et enfants qui sont débarqués à Drancy, dans la banlieue parisienne. De là, ils sont immédiatement transférés vers les camps d’extermination polonais d’Auschwitz Birkenau et de Maïdanek. Aucun n’est revenu. Les trois aquarelles de Julius Turner montrent les déportés et leur embarquement dans les camions vers la gare d’Oloron. Le seul crime de ces déportés était d’être nés Juifs. Elsbeth Kasser en sera traumatisée jusqu’à son dernier souffle. A quoi bon venir en aide à ces personnes, au camp de Gurs, si c’est, en fin de compte, pour les conduire à la mort ?

60 000

60 000 hommes, femmes et enfants qui ont été internés à Gurs entre 1939-1944 et 3 000 après la Libération en 1944-45.

On a dénombré 23 577 Espagnols, combattants républicains (1939-1944) ; 6 808 volontaires des Brigades internationales (1939), originaires de 52 pays différents ; 12 000 « Indésirables » de l’été 1940 ; 18 185 juifs étrangers de l’époque de Vichy (1940-44), expulsés du Pays de Bade (Allemagne), transférés de divers camps d’internement, arrêtés, raflés.

Dessins d'enfants

BA-Elsbeth-Kasser-1

Dans la baraque du Secours suisse, Elsbeth Kasser s’efforçait d’occuper les enfants en leur proposant toutes sortes d’activités. Parmi elles, le coloriage et la peinture. Il en est résulté une étonnante production, dont quelques exemplaires sont arrivés jusqu’à nous. Elsbeth Kasser y était très attachée. Elle estimait que c’est ce qu’elle avait de plus précieux. Les enfants y expriment, avec fraîcheur et maladresse, leurs rêves et leurs espoirs…