18 juin 2020
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Mémoire(s) de confinement : "La vengeance du pangolin"

Extrait d'une chronique du confinement sous Coronavirus.

Nom
Mémoire(s) de confinement : " La vengeance du pangolin "

Adresse
Les archives intercommunales de l'Usine des tramways, Avenue Gaston Lacoste, Pau, France

Téléphone
05 59 987823

Tarifs
gratuit

Adresse email
patrimoines@agglo-pau.fr

De la chauve-souris au pangolin

"Je préfère entendre Coronavirus que «Coved-19», qui sonne comme une sentence du tribunal ou le verdict du cancérologue : du brutal, comme diraient les Tontons Flingueurs.

Donc, que s’est-il passé avec ce coronavirus depuis janvier 2020, qui se passe encore aujourd’hui au joli mois de mai, et qui se passera encore… D’abord, ça a commencé comme une rumeur, qui venait de loin, de Chine. Une espèce de grippe qui débutait, dans une ville inconnue, très loin. Les rumeurs, ça enfle, Docteur ? Oui, et on a commencé à parler de mort et d’épidémie. La ville, c’est Wuhan, et Wuhan, on a appris que ce n’était pas rien, qu’il y avait des millions d’habitants, une dizaine. Et plein d’usines, comme Renault et Peugeot. Et dans cette province du Hubei, inconnue des béarnais, une cinquantaine de millions de personnes, presque autant qu’en France. Du lourd, dirait Lucchini.

Et dans Wuhan, un marché de plein air avec notamment la vente d’animaux vivants, presque prêts à consommer : une vraie ménagerie, une ménagerie alimentaire, du chien au chat, du serpent au crocodile… et de la chauve-souris au pangolin. Paraîtrait que la chauve-souris, animal sympathique ou effrayant, colporte des virus. Et que ce truc au nom rigolo, le Pangolin, porte des écailles dont raffolent les chinois, qui en abusent le menaçant de disparition. Les représailles du pangolin seraient-elles ce coronavirus ? « La vengeance du pangolin » sera-ce le dernier polar à la mode, voire un feuilleton, car on n’en voit pas la fin, comme l’horizon qui s’éloigne quand on s’approche. Espérons que ce feuilleton ne durera pas aussi longtemps que « les feux de l’amour».

(...)

On pense de suite à ce qui nous est le plus cher, nos enfants et petits-enfants

(...) «C’est la guerre». Nous, on l’a connue, en culottes courtes, et ce mot «guerre» fait surgir des images de télé de cadavres empilés, d’hommes déchiquetés, de ruines et de malheurs. Sujet maudit dont on parlait tout bas dans les familles et loin des enfants. Cela nous rappelle les galoches, les cartables en carton, les poules et les lapins dans le jardin familial.

Premier réflexe, comme nos parents jadis, on pense de suite à ce qui nous est le plus cher, nos enfants et petits-enfants : qu’il ne leur arrive rien. Nous, on a vécus, mais ce serait bien si on les voyait grandir plus longtemps.

On coupe au ciseau les cheveux qu’on peut atteindre, avec plus ou moins de bonheur

(...) "Nous sommes dans un secteur pavillonnaire, accolés à une résidence dont notre impasse est séparée par un grillage. Un grand bonheur, nous avons des jardins, et il a fait un temps agréable durant ce confinement. Si bien que l’après-midi, après le film que France TV, Arte, etc… ont projeté pour nous faire rire et oublier, ces dames se retrouvent au fond de l’impasse, à distance respectable et respectée, de part et d’autre du grillage, le masque à portée de main, dans ce qui est devenu un parloir pour papoter pendant une heure sur les nouvelles du jour. Quelques voisins s’approchent pour un bonjour, l’adjointe au maire voisine vient s’enquérir de nous et apporter des infos municipales.

Les hommes s’affairent à dérouiller les tondeuses, affûter les sécateurs, tailler tout ce qui dépasse, et se désolent pour les déchets de jardin qui s’accumulent sans être enlevés par la benne qui ne passera plus jusqu’à quand ? Et regrettent de ne pouvoir sortir pour chercher plants et fleurs à la jardinerie. Ce qui sera permis plus tard. Si le gouvernement navigue à vue, les Jurançonnais louvoient eux dans les rues, pour éviter d’être rasé, ou de raser, celui qui vient en face. D’ailleurs on ne peut pas être rasé ni coiffés, les coiffeurs sont fermés, cheveux et barbes s’allongent, comme dans les années 60. Avec maladresse et grande attention, on coupe au ciseau les cheveux qu’on peut atteindre, avec plus ou moins de bonheur dit-on. Et on sert de shampouineuse pour Madame, on manie le séchoir au milieu des « pas comme ci…non, pas comme çà », pour finir par le sec «ça suffit comme ça».

Alors quand le temps est doux, seul ou à deux, avec l’attestation idoine, on fait le tour du quartier par les rues peu fréquentées. Pas les ruelles, trop étroites, on pourrait y frôler un «porteur sain». Ni les quartiers où il y a des jeunes, groupés entre copains ; ils ont entendu ce qu’ils voulaient bien entendre : «les jeunes sont très peu touchés». Et ils ont compris qu’au début «les masques n’étaient pas recommandés»

(...)

"La vengeance du pangolin" est à découvrir dans son intégralité aux archives communautaires, à l'Usine des Tramways.

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