Mithridate prend d'abord la forme d'un film avant d'être joué devant le public

18 février 2021

Mithridate prend d'abord la forme d'un film avant d'être joué devant le public

Mithridate, le nouveau spectacle mise en scène par Eric Vigner d’après l’œuvre de Racine, devait être joué au théâtre Saint-Louis de Pau les 11 et 12 janvier 2021 dans le cadre d’une grande tournée à travers la France. En attendant que les théâtres puissent rouvrir, la création prendra la forme d’un film diffusé le 22 février sur Culturebox et le 5 mars sur France 5. Eric Vigner nous explique la genèse de cet objet artistique à part entière, complémentaire à la pièce qui sera jouée devant les spectateurs.

Nom
Mithridate prendra d'abord la forme d'un film avant d'être joué devant le public

Tarifs
Gratuit

Horaires
Le lundi 22 février 2021 à 21h sur Culturebox (TNT, canal 19) Le vendredi 05 mars 2021 à 20h50 sur France 5 à l’occasion de « la grande soirée culture »

  • Le lundi 22 février 2021 à 21h sur Culturebox (TNT, canal 19)
  • Le vendredi 05 mars 2021 à 20h50 sur France 5 à l’occasion de « la grande soirée culture »

  • Mithridate n’a pas encore rencontré son public, pandémie oblige. Comment vivez-vous cette période ?

J’essaie d’être philosophe. Cette pandémie touche tout le monde. C’est un temps étrange, suspendu, qui provoque un manque et une frustration. Le théâtre est une cérémonie consentie entre être vivants en chair et en os à un instant T et par conséquent, unique et non reproductible. C’est comme la vie, ce que vous avez vécu, vous ne pouvez pas le revivre à l’identique. Chaque représentation est unique, je ne peux pas revenir en arrière comme pour un film ou me repasser une séquence choisie, la notion de temps et de partage fait que cet acte artistique qui est aussi vieux que l'humanité elle-même est un élément vital dans la culture d’une civilisation. L’arrêt du spectacle vivant au sens large impute le bon fonctionnement, la vitalité d’une société, sa culture. Le théâtre n’est jamais anecdotique bien qu’il puisse être édifiant et divertissant. Le théâtre est en état de coma traumatique en ce moment. A quand la réanimation ? Mais je suis optimiste : un jour nous reprendrons le chemin des théâtres. En attendant c’est l’apprentissage de la patience et de la sagesse et il faut profiter de ce temps pour continuer à travailler.

  • Pourquoi avoir eu l’envie de filmer Mithridate en attendant de pouvoir jouer le spectacle sur scène ?

J’ai toujours réalisé des films à partir de mes spectacles, généralement après un certain nombre de représentations publiques. Ces films sont faits pour témoigner d’une œuvre qui se fait de spectacles en spectacles, dans la finalité de transmettre quelque chose une fois les représentations publiques terminées. La plupart du temps, il ne s’agit pas d’une captation mais d’un objet artistique qui tente de rendre compte avec des moyens audiovisuels d’une mise en scène. Cela implique d’opérer un certain nombre de choix à tous les niveaux : de la réalisation au tournage, puis au montage, au mixage et à l’étalonnage.

Pour Mithridate nous étions à quelques jours de la première quand nous avons su que nous ne jouerions pas devant le public. Pour maintenir le moral des troupes et aller au bout du processus de création, j’ai sollicité Gildas Leroux de la Compagnie des Indes en urgence en essayant de le convaincre de nous aider dans cette période difficile à finaliser quelque chose en attendant la rencontre avec le public. Nous avons saisi l’opportunité d’avoir le décor, l’équipe artistique, les lumières et le temps initialement imparti aux représentations pour faire un film dans le théâtre vide sans public. C’est une expérience très enrichissante et la réactivité de Gildas Leroux et de Nicolas Auboyneau de France Télévisions a permis de mettre en route ce projet en quelques jours seulement.

  • Quels sont les liens que vous entretenez avec Gildas Leroux ? Aviez-vous déjà eu l’occasion de travailler ensemble et avec sa société de production La Compagnie des Indes ? 

Cela fait quelques années que nous travaillons ensemble et Gildas Leroux m’a aussi accompagné dans les mises en scène à l’étranger que ce soit en Inde où il a produit un documentaire sur la création de Gates to India song à partir du Vice-Consul de Marguerite Duras à Calcutta, Bombay et Delhi, ou encore le travail de l’académie internationale de théâtre que j’avais créée à Lorient. 

  • Pourquoi parler de film à part entière plutôt que de captation ?

Le médium n'est pas le même. Les outils audiovisuels peuvent rendre compte du théâtre, de l’atmosphère de la mise en scène au théâtre en faisant des choix artistiques. La captation est souvent plus proche d’une archive, avec une forme d’objectivité qui est un non-choix. 

  • Comment s’est passé le tournage avec le réalisateur Stéphane Pinot ? 

Stéphane a déjà filmé plusieurs de mes spectacles et en particulier Guantanamo de Franck Smith avec les acteurs de L’Académie dans la base de sous-marins de Lorient. Techniquement, l’équipe de tournage a enregistré un plan large du spectacle encore en création une semaine avant le début du tournage. À partir de ce plan large, ils ont imaginé avec le chef opérateur des axes de tournage avec différentes caméras, un travelling et même un drone. Ils ont filmé pendant quatre jours sur le temps des représentations annulées dans le théâtre vide, sans public, dans la continuité et en intégralité. Le dernier jour, une série de gros plans a été réalisée. J’ai accompagné Stephane pendant toutes les étapes jusqu’au produit final. C’était une expérience très intéressante.

  • Avez-vous eu besoin de modifier la mise en scène ? 

Le film est très précisément fait à partir de la mise en scène sans rien changer, mais l’intimité, la proximité, le silence du théâtre vide a permis, et c’est une chance, de rendre compte avec une grande sensibilité de ce théâtre de chambre qui est celui de Racine.

Mithridate

  • Une pièce de Jean Racine
  • Mise en scène par Éric Vigner
  • Un film de Stéphane Pinot
  • Avec Thomas Jolly (Xipharès), Philippe Morier-Genoud (Arbate, Phaedime) Stanislas Nordey (Mithridate), Jules Sagot (Pharnace), Yanis Skouta (Arcas), Jutta Johanna Weiss (Monime)
  • Production : Compagnie Suzanne M et La Compagnie des Indes avec la participation de France Télévisions.
  • Coproduction : Théâtre National de Strasbourg, Théâtre National de Bretagne, CDN Le Quai d'Angers, CDN La Comédie de Reims, CDN La Comédie de Valence, Théâtre à Pau.
  • Photo de couverture : Thomas Jolly et Jules Sagot lors du tournage © La Compagnie des Indes

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