17 mars 2021

A la découverte de Jeanne Ledoux, artiste pionnière mais oubliée

Le musée des Beaux-Arts de Pau s’engage dans la lutte contre toutes les formes de discriminations en proposant des articles sur des artistes femmes ou des œuvres évoquant l’image de la femme à travers les siècles. Aujourd’hui c’est Jeanne Ledoux, une artiste pionnière à la croisée des XVIIIème et XIXème siècle, spécialiste du portrait, qui nous intéresse. Sa carrière, réalisée dans l'indifférence totale de ses pairs, témoigne de la place laissée aux femmes à cette période.

Nom
À la découverte de Jeanne Ledoux, artiste pionnière mais oubliée

Adresse
Musée des Beaux-Arts de Pau, Rue Mathieu Lalanne, Pau, France

Téléphone
05 59 27 33 02

Tarifs
Entrée gratuite - port du masque obligatoire

Horaires
Du mardi au dimanche de 11h à 18h Suite aux annonces gouvernementales, le musée des Beaux-Arts de Pau est temporairement fermé au public.

Réhabiliter pour lutter contre l'indifférence et le mépris

Si le rôle d’un musée est de donner à voir ses grands chefs-d’œuvre, l’une de ses missions primaires, plus effacée mais essentielle, consiste à transmettre la connaissance ou la découverte d’artistes partiellement, voire totalement inconnus du grand public. Que de tableaux, dans les réserves et dans les salles d’expositions des musées, demeurent totalement anonymes ! Et parmi eux, combien de femmes, et quelle est leur place sur ces cimaises et dans nos mémoires ?

Si être femme et artiste est aujourd’hui chose courante, nos collections d’art contemporain témoignent de cette réalité, une plongée dans le XIXème siècle nous éclaire sur la place qui leur était alors réservée… Et que dire du XVIIIème siècle !

Comme rescapée de cette période, Jeanne Ledoux, dont l’œuvre est pourtant exposée au Louvre, au Metropolitan de New-York et dans de prestigieuses collections publiques, a traversé les siècles dans une quasi indifférence, uniquement connue des historiens de l’art ou de certains spécialistes du portrait rococo tardif.

Jeanne Ledoux, morte dans la misère, incarne parfaitement la vie de ces femmes artistes qui ont vécu le déclin de l’Ancien Régime, les traumatismes de la Révolution, l’Empire et le rétablissement de la monarchie. Autant de bouleversements qui ont laissé peu de place à des vocations artistiques et qui nous en disent long sur les défis que les femmes ont dû relever dans ce contexte.

Seule une infime minorité, parmi lesquelles Elizabeth Vigée-Lebrun ou Adélaïde Labille Guiard, a su forcer les portes de l’Académie Royale...

Nombre de critiques reconnaissaient que les femmes étaient d’excellentes copistes par manque d’imagination ou de génie. Que leur peinture ne devait se limiter qu’à des natures mortes ou des portraits, loin du grand genre qu’était la peinture d’histoire.

Cependant quelques pionnières ont bravé ces conventions et le musée des Beaux-Arts de Pau, à travers l’œuvre de Louise-Joséphine Sarazin de Belmont, possède une peinture ou se mêle scène historique et paysage classique. En effet, l’artiste y représente Henri IV enfant se promenant dans le parc et, au deuxième plan, le Château de Pau qui surplombe le Gave.

Jeanne Ledoux, Buste de jeune fille, huile sur toile, avant 1840

Quelques exemples d'œuvres

4 photos

Jeanne Ledoux au musée des Beaux-Arts de Pau

Jeanne-Philiberte-Ledoux---Buste-de-Jeune-fille

Le portrait de petit format laisse apparaître toute l’aisance de Jeanne Ledoux. Formée auprès de l’intransigeant Jean-Baptiste Greuze dont l’œuvre échappe aux fêtes galantes et autres scènes friponnes en vogue à cette époque, elle domine parfaitement son dessin. La palette, douce et harmonieuse, la transparence des voiles et la maîtrise des effets de drapé donnent à cette miniature pudique et sincère la dimension d’un grand portrait.

Jeanne Ledoux, Buste de jeune fille, huile sur toile, début XIXème siècle

La suggestion des bibliothécaires

Les bibliothécaires du réseau des médiathèques proposent de prolonger la découverte de Jeanne Ledoux avec trois femmes contemporaines de cette artiste méconnue :

  • Elisabeth Vigée-Lebrun (1755-1842), son éminente consœur peintre. Le réseau des Médiathèques propose le catalogue de la rétrospective que lui a consacré le Grand-Palais (Elisabeth Louise Vigée Le Brun) et surtout 2 éditions différentes de ses Souvenirs où elle retrace elle-même son parcours et témoigne (du point de vue d'une aristocrate) du bouleversement de la Révolution Française.
  • Olympe de Gouges (1748-1793) à qui l'on doit notamment la Déclaration de la Femme et de la Citoyenne en 1791. Parmi tous les documents disponibles sur le réseau, le roman graphique de Catel (une femme !) et Bocquet est une biographie très réussie et à la portée de tous. Olympe de Gouges (agglo-pau.fr)
  • Jane Austen (1775-1817). On ne compte plus le nombre d'éditions et adaptations des oeuvres de cette romancière anglaise. Les dernières en date concernent Emma (livre et DVD : Emma de Jane Austen) et Sanditon (roman inachevé, tout juste adapté en série pour la télévision anglaise). A propos de Jane Austen, un album jeunesse lui rend hommage. Ecrit par Fabrice Colin et magnifiquement illustré par la peintre Nathalie Novi, il s'intitule Le musée Imaginaire de Jane Austen. Il en court de rachat...

Et puis, une femme peintre en 1770, c'est le point de départ du film multi-primé d'une réalisatrice femme : Portrait de la jeune fille en feu de Céline Sciamma, disponible en DVD et en version numérique.

En savoir plus

Berthe Morisot,
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