Acteurs locaux de l'arbre : Pierre-Emmanuel Gabe, président de l'association Les Fioretti
Quel est votre parcours et l’histoire de votre projet ?
Ingénieur en informatique de formation, j’ai travaillé pour de grandes entreprises pendant 7 ans, dont TotalEnergies. J’avais besoin de renouer avec mon instinct manuel et mon attirance pour la terre, dans le cadre d’un projet ancré dans un territoire qui est celui de mes racines familiales.
J’ai donc créé l’association Les Fioretti à Pau avec pour ambition de lier la pratique de l’agroécologie avec l’insertion sociale de personnes isolées.
Cette volonté est née d’une part de ma passion pour le jardinage en permaculture et de mon attachement à des familles de réfugiés irakiens à qui je donnais des cours de français et qui m’ont plusieurs fois exprimé leur besoin d’avoir une activité et « rencontrer du monde ».
Le projet des Fioretti est parti d’une friche, un terrain de 3 500m² quartier Trespoey appartenant à la paroisse de la Sainte Famille. Celui-ci n’étant pas ou peu utilisé, le diocèse a accepté de le mettre à disposition gratuitement pour construire ce projet à vocation social et écologique, on peut même parler d’« écologie intégrale ».
Pouvez-vous décrire la nature de votre activité ?
Un formidable potager s’est dressé sur ce terrain, avec la grande implication de bénévoles dont beaucoup sont demandeurs d’asile. Les fruits et légumes sont produits en permaculture, sans traitement, sans chimie, sans labour, avec un arrosage raisonné.
Chaque année de nouvelles constructions voient le jour : zones de cultures, serres, allées, pergola, terrasses, etc. Tout est réalisé par des bénévoles qui apprennent en faisant, toujours accompagnés par une personne plus expérimentée. Les matériaux utilisés sont naturels et presque toujours récupérés et remis à neuf, nous avons sur place tout l’outillage pour les valoriser.
38 nationalités ont participé à la construction du jardin, en tout plus de 120 personnes. Mais il ne s’agit pas seulement de constructions : sont proposés des cours de français, des repas solidaires deux fois par semaine avec les produits du jardin, des sorties.
Quels liens entretenez vous avec le territoire ?
La majeure partie de notre production est vendue sur place aux habitants du quartier. Ils peuvent alors profiter d'une balade dans le jardin. Nous produisons dans nos serres des fruits et légumes, mais aussi des plants pour le printemps. Nous sommes en lien avec des CADA, Centre d’Accueil de Demandeurs d'Asile, qui nous orientent vers des personnes en quête d’enracinement. Depuis peu, nous proposons un service de création de jardins-forêts nourriciers en permacultures à domicile pour des particuliers, des entreprises ou autres structures comme les écoles ou les établissements de santé.
Comment envisagez vous l'avenir en matière de changement climatique ?
Pour la vision de l’avenir, j’aime m’inspirer en partie du modèle de la nature : le vivant n’anticipe pas, il s’adapte en permanence. Chaque groupe évolue en fonction des contraintes qui lui sont soumises. Il s’agit donc d’être à l’écoute de ces « contraintes extérieures », sociales, environnementales, économiques, et de s’y adapter dans un esprit de construction vertueuse.
Cependant, contrairement à la nature, nous avons une capacité d’anticipation et il faut aussi s’en servir. Préserver l’environnement pour pouvoir continuer à en bénéficier, avoir une portée sociale, car si l’on veut être aidé un jour, il faut commencer par aider soi-même. Inscrire les actions dans une démarche économique ne doit pas être une fin en soi, mais un moyen concret, pour que notre action se poursuivre dans le temps.
On ne peut pas dire comment la société évoluera, mais on peut rêver à ce que la société devrait être et s’efforcer de construire un bout de ce rêve. C’est ce que nous voulons faire aux Fioretti, à notre modeste échelle.
Quel arbre êtes-vous ?
Un feijoa. C’est un arbuste qui supporte le froid, la sécheresse, la chaleur, l’excès d’eau, et l’indifférence des passants qui ne le connaissent pas. Cela ne l’empêche pas de produire une magnifique floraison et des fruits délicieux au goût de bonbon, plus vitaminés que les kiwis. Il contient le mot « joie », ce qui est très plaisant.