Rencontre avec Chacha Angela du groupe local Biso Muziki
Publié le 02 mars 2026
Découvrez l'interview de Chacha Angela. Actuellement en tournée comme batteur avec Boulevard des Airs, il nous parle de son groupe Biso Muziki, dont les membres sont tous installés dans le Sud-Ouest.
Un groupe à (re)découvrir au Zénith le 26 mars
Quand et comment s’est formé le groupe ?
Le groupe s'est formé en 2020 pendant le confinement, durant lequel j’ai pas mal composé. C'est alors que j'ai contacté Antoine Perrut et d'autres musiciens de Toulouse, Tarbes et Pau afin de travailler ensemble à distance. C’est après le déconfinement que nous avons pu commencer à retravailler les morceaux.
Biso Musiki, signifie "nous" en lingala (langue bantoue du Congo). À qui se rapporte ce nous inclusif ?
Biso, c'est "nous" comme ensemble et dans un sens assez large "notre musique ". Ça peut inclure plusieurs personnes : nous en tant que musiciens, car nous avions envie de présenter notre musique au public, mais aussi un nous formé avec le public. Nous l'invitons à l'évasion chaque soir où l’on joue. Le collectif est très important, car même si je suis le leader du groupe, beaucoup de choses se décident ensemble. Les lieux où nous nous produisons ainsi que les compositions dans lesquelles chacun amène sa part.
Qu’est-ce qui singularise le son Biso Muziki ?
C’est le fruit du métissage culturel et musical de chaque membre du groupe : la musique africaine, le jazz, le gospel... tout ce qu’on aime ! J’y amène les sonorités de mon Congo natal et le son du balafon, cet instrument traditionnel construit avec des lattes de bois et descalebasse. Gumiso, la chanteuse, vient du Zimbabwe avec son propre bagage musical et sa langue. Les autres musiciens trempent dans le jazz depuis longtemps. Alors quand tu écoutes les grooves, la langue, toutes ces influences... il y un quelque chose qui sonne singulièrement Biso !
La musique est souvent joyeuse, festive, dansante. En est-il autant des textes ?
Certaines chansons parlent d'amour, de partage et d’autres de sujets plus sensibles qui se passent en Afrique. Les enfants abandonnés qui vivent dans la rue par exemple. Nous, on ose aussi chanter ces choses là, ces indifférences qui existent aujourd'hui entre l'Afrique et l'Occident. Elles touchent un peu tout le monde et surtout, nous qui avons cette double culture.
Justement, votre 1er album s’appelle Respect Afrika, pourquoi ?
L’Afrique mérite d'être respectée à sa juste valeur. On a besoin ou on a envie que ce soit une relation d'égal à égal avec l’Occident, pas d’une relation ascendants-descendants.
Vous chantez dans 4 langues : comment jonglez vous avec ?
Nous n'avons jamais réfléchi à ça. C’est instinctif : on va plutôt chanter en lingala, en shona, en français ou en anglais selon l'inspiration. Par exemple, Respect Africa est chantée en lingala parce que c'est ma langue natale et que j'étais plus inspiré. Sakana, est chantée à moitié lingala et en shona, parce que le rythme faisant penser au Zimbabwe de Gumiso.
Comment abordez vous ce concert en 1re partie de Deluxe au Zénith de Pau ? Comment on chauffe un tel public ?
On a hâte, sachant que ça sera notre premier Zenith ! C'est énorme, quand on se rappelle qu'en 2020 on jouait dans des petits bars du coin. Jouer dans notre ville, sur une telle scène, c’est vraiment gratifiant ! On a conscience que le public vient avant tout pour Deluxe et que par essence, c’est un auditoire qui a de l’énergie à revendre. Alors on va donner le maximum pour faire monter la température et pour faire passer un bon moment à tous.
Ce n’est pas la première fois que vous partagez la scène avec des groupes d’envergure...
En effet, nous avons fait les premières parties des Amazones d’Afrique, qui chantent merveilleusement bien à travers le globe, et aussi avec Compay Segundo, groupe mythique de Cuba en 2021 lors de l’été à Pau. Mais jamais de Zénith !
Ce concert est un événement de la saison jazz à Pau. Comment ce courant musical rejoint il votre musique ?
Chaque musicien de Bisso a aussi d'autres projets, dont pas mal qui tournent autour du jazz. C’est une musique qui se marie très bien avec les sonorités africaines, dont elle partage les racines. La musique africaine, le jazz, la soul, le gospel... ce sont les mélanges qui nous intéressent !
Vos racines sont en Afrique et vous déployez aujourd’hui vos branches depuis le Sud-Ouest... que peut-on vous souhaiter pour la suite ?
On a fait une mini tournée l’été dernier. L'idée est de continuer à faire des dates pour faire connaitre notre album avant de préparer le suivant. C’est notre bébé, ça nous a pris 5 ans ! On a envie de le porter partout. En avril, je vais emporter des CD avec moi au Congo pour que les habitants puissent écouter aussi ces métissages.